Rouen sacré vice champion d’Europe

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{TETE HAUTE !} La nuit est belle sur la plage de Rimini où toute l’équipe se retrouve pour le verre du plaisir et de l’amitié, et alors que certains se retrouveront jetés à l’eau. Jamais une équipe française n’a réalisé une telle performance, se qualifier en finale de la coupe des champions. Cela valait bien un bain de mer un peu forcé !

A 2 000 kilomètres de là, un homme n’en peut plus. Xavier Rolland, le président des Huskies, est resté à Nantes, retenu par l’actualité électorale.  C’est trop dur de ne pas être avec son équipe dans ces moments là. Xavier n’est pas homme à hésiter longtemps quand il s’agit des Huskies. Ce sera compliqué, très fatiguant, mais il faut le faire. Il prend son téléphone, rameute la vielle garde, la Old School : de Londres, le Captain répond présent, le King aussi lui qui a toujours su que les français pouvaient jouer au baseball aussi bien que les autres,  la Machine, forcément, et Booner, toujours là, et aussi, pour que la meute soit au complet, Pierre Le Guillou, qui en a finit avec son bac. On trouve un avion, on se rend comme on peut à Roissy, et on arrive, en plus grand secret, quelques heures avant la finale. « Seul Francky était au courant », sourit Robin Roy. « On ne voulait pas qu’il fasse une crise cardiaque en nous voyant arriver ». Il y avait aussi Stéphane Giraud, qui, se rappelant ses trajets entre Vernon et Rouen pour venir s’entraîner, plaçait la barre beaucoup plus haut en s’offrant un invraisemblable Strasbourg – San Marin en voiture. Il ne manque que Giovanni Ouin et Flavien Peron. Le matin même à quatre heures, emmenés par le Colonel,  qui commence à connaître la route, ils ont pris l’avion à Bologne pour un long voyage qui va les amener jusqu’à Dieppe. Troquant l’habit de baseballeur pour le costume-cravate, ils vont jouer l’important rôle de témoin dans le mariage de Laurent G. et Elodie. Bien sûr, c’est un peu dur de laisser les copains le jour du match le plus prestigieux de l’histoire du club. Mais que c’est bon aussi d’aller célébrer cette belle noce.

Les joueurs venaient de débarquer du bus, ils attendaient de savoir vers quel dug-out se diriger quand ils ont vu arriver leurs amis. Quel fort moment d’émotion ! Quels cris, quelles embrassades ! Les Huskies sont un grand club, ils sont avant tout une grande famille.

La journée s’était passée jusque-là très tranquillement. Farniente, cartes postales, jeu de carte, on se moquait aussi gentiment de Michelle, l’amie de Keino, et la sœur de René Cremer, deuxième base de Kinheim. Toujours de la décontraction, du calme, de la force. Dans le bus, on ne sentait pas la pression d’une finale. Retentissait même le « relax, take it easy », en passe de devenir l’hymne rouennais. Même la vingtième assiette de pates servie par les sympathiques hôteliers du Gamaica (beaucoup de pâtes, certes, mais avec des accompagnements différents chaque jour) était passée sans récriminations.

La première manche fut pourtant difficile. Rombley, futur MVP du tournoi, parvenait à faire un petit contact avec un compte de 0-2 et frapper un ballon à l’entre-champ pour un coup-sûr. Un amorti mal défendu, une erreur de David Gauthier sur un jeu difficile, et un ballon sacrifice de Koolen donnait un premier avantage à Kinheim. Face au redoutable Beljaards, les Huskies souffrent un peu, arrachent quelques coup-sûrs, mais encaissent aussi de nombreux K. Rombley remet ça en troisième manche. Compte de 2-2, petit ballon à droite. Il sera ensuite coupé en tentative de vol, et Cremer retiré sur trois prises. Le grand gaucher Van den Klaasten est au bâton. Le lancer de Melhjolm est bas, aux genoux, mais le hollandais catapulte la balle au dessus de la clotûre du champ droit. Kinheim domine et menace de nouveau en 5ème avec un triple de Koolen pour commencer la manche. Meljhom sort une énorme performance en retirant Verbij et Bernardus sur trois prises avant de faire frapper un faible roulant à  Heemskerk. Rouen réplique en 6ème par un double de Scalabrini (qui d’autre…) pour commencer la manche, mais à son tour Beljaards fait le travail. En septième manche, Meljhom doit céder le monticule, blessé à un muscle de l’avant-bras. Philippe Lecourieux n’a pas eu vraiment le temps de s’échauffer, et il concéde un point, après deux hits, une erreur et un but sur balles avec bases pleines. L’arbitre n’a pas vraiment aidé le lanceur rouennais sur le coup en n’appelant pas un check-swing. Ajouté à une mauvaise décision sur le premier point de Kinheim (le coureur était parti avant l’attrapé) et un autre appel complètement raté sur un plongeon de Hagiwara, largement sauf en deuxième base, on ne peut pas dire que les « blues » aient vraiment été à la hauteur de l’évènement. Rouen se sort de la huitième par un retentissant double jeu Dubaut – Marche – Dubaut.

C’est aux Huskies de passer au bâton. La huitième manche. Leur manche. Celle où ils ont gagné tant de matches ces dernières semaines. Après que Beljaards ait lancé son 12è strike out du match, Bert frappe un triple au centre. Aussitôt, le coach hollandais fait appel à son closer, Van Kampen. Beljaards est furieux de laisser sa place. Les rouennais ne se laissent pas impressionner par les lancers de côté du droitier. Scalabrini frappe un simple pour le 1er point. Puis Hagiwara et Piquet eux aussi frappent des simples pour remplir les buts. Le point de la victoire est en 1ère base. Boris Marche, le meilleur producteur de points des Huskies est au bâton. Il a catché les 5 matches, il a beaucoup donné au bâton, et ne peut que frapper un ballon au catcher sur un compte de 1-0. Au tour de David Gauthier, capable de sortir la balle de n’importe quel terrain. Le compte monte rapidement à 1-2, et après deux fausses balles, « krouck » fend l’air sur une troisième prise. C’est fini, Rouen a laissé passer sa chance, Kinheim hurle sa joie, sans doute à la hauteur de la peur qu’ils ont eu de cette équipe française qui les a bousculé jusqu’au bout.
Félicités de toute part, par les merveilleux supporters qui ont une nouvelle fois remporté la bataille des tribunes, par les plus hautes instances du baseball européens, par le président de la FFBS, Eric-Pierre Dufour qui ne cache ni sa joie ni sa fierté, par leurs adversaires qui les applaudissent quand ils vont chercher leur médaille d’argent, les Huskies oscillent entre la tristesse d’avoir perdu cette finale et la fierté de l’exceptionnel parcours accompli.

C’est ce dernier sentiment qui l’emportera. Dans le  bus du retour, les premières chansons sortent, la nuit se poursuivra très tard dans un night club du port de Rimini.

Le lendemain matin, à l’aéroport, les rouennais croisent les hollandais, qui ont semble-t-il moins fait la fête qu’eux. Les Huskies ont de nouveau les yeux bien fatigués. Mais cette fois, des étoiles brillent au fond de leur regard. Ils sont la plus grande équipe de l’histoire du baseball français. Ils peuvent en être fiers.

 

 

 

 

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