Regarde les autres tomber

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\n\nDepuis plusieurs saisons, les rouennais nous habituent à l’excellence.\n\nMais ce qu’ils viennent d’accomplir à Grossetto confirme qu’ils sont bien la plus grande équipe de l’histoire du baseball français.\nDeux demi-finales d’affilée en Coupe d’Europe des clubs champions. Il ne faut pas banaliser la performance en restant sur la lourde défaite face à Kinheim, plus fort, plus complet, mieux armé pour ce genre de compétition.\n\nDepuis deux ans, Rouen est dans le dernier carré de la plus difficile, de la plus prestigieuse des épreuves européennes. Je n’ai pas l’impression que, dans le petit monde (petit devant être entendu, hélas le plus souvent, dans les deux sens du terme) du baseball français, on mesure l’exploit à sa juste valeur.\n\nLa saison dernière, l’aventure rouennaise avait été joyeuse et héroïque, ponctuée de coups d’éclat. Elle fut plus hésitante cette saison, mais la mission a été accomplie, parfois dans la douleur (contre les allemands) parfois aussi dans le superbe (contre les belges). L’an dernier, les Huskies avaient pu aligner pour la demi-finale un Nicolas Dubaut au somment de son art, évacuant en 7,2 manches de génie la frustration accumulée par quelques saisons passées loin du haut niveau. Cette saison, face à la meilleure équipe européenne, Rouen a confié la balle à Alexandre Sochon, qui il y a deux ans évoluait en N1 aux Andelys, relevé par Laurent Aoutin qui l’année dernière évoluait en N1 à Compiègne. Et plus tôt dans le tournoi, contre l’équipe hôte, Grossetto, ce sont également deux ex-pensionnaires de N1, Jean-Baptiste Couton et Mathieu Crescent, a qui la confiance a été faite. Ces quatre-là jouaient contre Gif, Ermont ou Vauréal (et ce n’est pas dénigrer ces équipes que de les citer ici), cette saison ils ont affronté Smeets et Engelhardt, Ramos et Marval. \n\nCette comparaison entre les deux campagnes m’amène deux réflexions : d’une part Rouen fait confiance aux jeunes, les aide à franchir des paliers, car rien n’est plus formateur que de se retrouver en première ligne face aux gros bâtons ennemis. C’est pour l’ensemble du baseball français un signe fort, Rouen est une équipe qui travaille sur le moyen terme pour le plus grand bien de tous. Et d’autre part, les Huskies étaient un peu moins bien armés que la saison dernière, mais ils ont réussi tout de même à se hisser en demi-finale. Là aussi, un signe fort, celui de la continuité et de la victoire dans l’adversité. On ne se plaint pas, on retrousse ses manches, on oublie les moments difficiles, et on va à la bagarre. \n\nJ’ai évoqué les jeunes lanceurs, qui ont d’ailleurs prouvé qu’ils avaient leur place à ce niveau, même si ce fut plus difficile sur la distance, mais je pourrais citer toute l’équipe, qui a été admirable, de Keino Perez, incomparable lutteur, travailleur acharné, plus rouennais que vénézuelien, et qui ne déçoit jamais, à Flavien Peron, qui va sans doute arrêter le baseball après son 0-2 dans ses deux dernières présences contre Kinheim, et tous les autres, qui ont chacun apporté leur pierre à l’édifice, je ne les cite pas tous, mais qu’ils sachent qu’ils sont tous égaux dans mon cœur et mon estime. Vous êtes tous sublimes. Vous êtes des grands hommes de notre sport. Vous êtes dans l’histoire. Mieux, vous l’écrivez.\n\nJ’en ai vu, des équipes françaises en Coupe d’Europe, je me souviens de celle organisée au milieu des années 80 dans l’antique Cipale, où le PUC n’avait pas fait mauvaise figure. Puis Montpellier et ses jeunes, Saint-Lô et ses mercenaires, Savigny et ses guerriers se sont depuis une quinzaine d’années tour à tour frottés à l’élite européenne, à cette immense Coupe d’Europe des Champions. Ils s’y sont tous cassés les dents, échouant même le plus souvent à maintenir la France dans le groupe A. \n\nLes Huskies ont regardé avec envie les autres équipes jouer en Coupe d’Europe, rêvant un jour de se frotter à ce niveau. Ils y sont parvenus avec leur propre mérite, remportant la Coupe d’Europe B puis le titre de champion de France pour s’offrir la place en Groupe A. Ils ne l’ont plus quitté depuis. Tous les échecs des autres clubs français (en Coupe des Champions comme dans d’autres Coupes) depuis des décennies prouve l’immense complexité de la tâche et la grandeur de l’exploit. \n\nRouen s’est hissé deux fois au niveau des demi-finales, plaçant le baseball français sur la carte européenne, prouvant qu’on peut lutter contre les plus grands. Cela mérite d’être souligné, applaudi, reconnu, admiré. \n\nIl reste des étapes à franchir. Nous avons prouvé qu’on pouvait battre les italiens. Il reste maintenant à s’attaquer à la montagne hollandaise. Je suis certain que Rouen sera le premier à faire tomber les bataves. Rouen adore regarder les autres tomber. Et ce n’est pas fini. La Meute a fin de victoires, elle veut retourner en Coupe d’Europe des Champions. Quelque chose me dit que la fin de saison sera rouennaise. Nous gagnerons ensemble, comme toujours. On ne s’en lasse décidemment jamais. \n\n\nColonel Franck\n