Le portrait: Kenji Hagiwara

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\n\n\n\nTerrain Pierre Rolland. Dans l’abri de première base, à quelques minutes du home run derby de l’Open de Rouen : « Kenji, t’as du talc ? – Oui attend, bouge pas… » Un aller-retour en tribunes plus tard, le Rouennais revient avec de… la poudre bébé. Celle d’Hugo, son fils né il y a 6 semaines. Gaspard Fessy aura beau en recouvrir son bâton, le champ extérieur de l’équipe de France ne frappera pas de circuit : « c’est pourtant la poudre la puissance » rigole Kenji.\nDepuis la naissance de son fils, « J » n’en finit plus de sortir des balles : 2ème place du home run derby et surtout, circuits en championnat face à Montpellier et la Guerche. « Mon début de saison n’était pas à la hauteur mais là c’est vrai que je frappe le feu ! En fait, j’étais assez tendu pendant la grossesse d’Aurélie (son amie, NDLR), je pensais beaucoup à la naissance, à ma future paternité et là, voir arriver Hugo en bonne santé, ça a été une vraie délivrance ». Bref un papa de 23 ans heureux.\n\nHugo a aussi eu la bonne idée de naître le 18 juin, pour la fin des cours : « Du coup, on profite vraiment de lui. A la rentrée, ce sera une autre histoire. Aurélie reprendra ses études de droit alors que je démarrerai ma 2ème année d’école de commerce…Ce sera sans doute parfois un peu chaud mais tout le monde y arrive » explique Kenji qui donne déjà des cours d’anglais à son fils  (« si un jour il veut partir aux States…) mais seulement de jour. « Je n’ai pas besoin de me lever la nuit… Hugo a une très bonne maman » sourit-il à Aurélie qui ajoute aussitôt : « Question couches, ce n’est pas encore tout à fait ça mais sinon c’est un papa modèle ». \n\n{« Il ne parle pas beaucoup mais c’est un leader par ses performances, son attitude sur le terrain » – Gerardo Leroux\n}\n\n\nEt pourtant, il y a encore un an, difficile d’imaginer le champ centre rouennais donner le biberon : « Jusque présent, dans ma vie, je n’ai jamais eu à m’occuper de quelqu’un d’autre que moi. J’ai passé deux ans au pôle de Rouen, trois à l’Insep avant deux années aux Etats-Unis à ne penser qu’à mes études et au baseball. »\n\nLe baseball, jamais Kenji n’aurait dû y venir. Fils d’un judoka professionnel japonais et d’une mère française ceinture noire elle aussi, le Huskie n’a jamais insisté sur les tatamis : « J’ai d’abord fait du foot. J’étais milieu de terrain à St Aubin-les Elbeuf. Et puis un jour, mon père qui prend souvent le train entre Paris et la Normandie a aperçu le terrain de baseball de Rouen. Il m’en a parlé, j’ai décidé de me lancer, toujours avec le numéro 5 que j’avais au foot ». Kenji avait 12 ans. Il débarquera en équipe première à 16. \n\nSébastien Bougie, ancien joueur et entraineur des Normands : « Il avait déjà quelque chose de spécial, quelque chose que les autres jeunes n’avaient pas. Kenji sent les choses, il joue avec son talent mais aussi son instinct. En défense, il est rapide mais il couvre aussi beaucoup de terrain grâce à son placement. Il lit la balle simplement avec le swing du frappeur. Pour moi, c’est le joueur le plus complet de France. » \n« Il est même Le meilleur, corrige Boris Marche, le capitaine rouennais. En attaque, il court, il fait avancer les coureurs, il sait gérer ses comptes et désormais, il frappe avec puissance. Mettez-vous à la place d’un lanceur, ça devient compliqué non ? »\n\n\n\n\n\n{« En Arizona, j’ai vraiment franchi un pallier, alors qu’en France je stagnais un peu. Les USA, ça te donne de l’ambition car là-bas, tout est grand. »\n}\n\nMalgré tout, n’attendez pas de grand discours de Kenji. « Il ne parle pas beaucoup mais c’est un leader par ses performances, son attitude sur le terrain, poursuit Gerardo Leroux, manager de l’équipe de France junior et entraineur-adjoint au pôle France de Toulouse qui voit plus le Rouennais en deuxième base qu’au champ-centre parce qu’« il lui manque un peu de bras ». Le problème quand on est bon, c’est que parfois on n’a pas d’adresse sur le terrain. « Aux Etats-Unis, je jouais en 2B » explique le couteau suisse rouennais. « Là bas, j’ai vraiment franchi un pallier, alors qu’en France je stagnais un peu. Les USA, ça te donne de l’ambition car là-bas, tout est grand. » Deux saisons à Cochise, dans le désert de l’Arizona d’où il ramène un bon niveau en anglais et en espagnol mais aussi son meilleur souvenir de baseballeur : « On perd 7-3 dans la dernière manche… bases pleines, 2 retraits et je frappe un grand slam pour égaliser. » Deux années « extraordinaires » qui auraient pu se poursuivre dans l’Iowa où une université offre à Kenji une bourse de 10 000 dollars par an mais « impossible d’y aller, je n’avais pas validé suffisamment de modules au niveau scolaire ». Un coéquipier de Cochise lui propose alors de devenir… dealer dans un casino de Las Vegas ! « J’ai hésité mais finalement refusé. Je m’aventurais dans un monde dangereux, moi qui ai tendance à beaucoup jouer. Le jeu m’aurait rattrapé » explique le Rouennais, un joueur de poker « redoutable, patient et qui comme au baseball, ne s’élance que quand il est sûr de lui » dixit Flavien Péron, l’un de ses coéquipiers.\nIndirectement, sa plus belle frayeur, Kenji l’a doit aussi aux cartes. En janvier dernier, il revient du casino de Forges quand un sanglier mort s’est changé en tremplin sur l’A 28. « On a fait au moins 5 ou 6 tonneaux mais à l’arrivée, pas une égratignure ! » 5 noir passe et gagne. Une équipe de l’émission télé Incroyable mais vrai doit passer avant la fin de l’été. \n\n\nSimon Colboc\n\n\n\n\nKENJI HAGIWARA\n_ {Vu par François Colombier, manager des Huskies}\n\n_ Le meilleur joueur français ? C’est un point délicat à discuter, car il y a de la concurrence. Mais s’il ne l’est pas encore, il le sera bientôt, et il est déjà au moins dans le top-5. Kenji a tout pour lui, la technique, le physique, le mental. C’est l’ami des lanceurs rouennais avec le terrain qu’il couvre au champ centre, et l’ennemi des lanceurs adverses qu’il peut battre par un bunt ou par un coup de circuit. Avec lui, on n’est jamais déçu. Même dans une période difficile, il cherchera toujours les solutions pour s’en sortir, plutôt que de se laisser entraîner vers le bas. \nKenji est aussi un grand joueur d’équipe, qui donne l’exemple par sa présence aux entraînements, par son envie de gagner. Il ne fait pas les choses à moitié sur un terrain. \n\n_ Kenji a vécu une année plus qu’intense au plan personnel, avec l’entrée dans une école de commerce et la naissance d’Hugo. Ce n’est pas certainement pas facile à gérer à son jeune âge, mais il parvient avec beaucoup de maturité. Je lui tire mon chapeau. \n