La France résiste à l’empire américain

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Pratiqués par une poignée de passionnés, le base-ball et le football américain peinent à séduire de ce côté de l’Atlantique.\n\nDes dizaines de millions de fans rivés devant leur petit écran. Des stades pleins à craquer. Voilà pour le football américain et le base-ball aux États-Unis. Deux sports populaires qui brassent des fortunes. Mais qui perdent de leur superbe une fois traversé l’Atlantique.\n\nIl y a quelques jours, la finale du championnat de France de base-ball – qui a vu le sacre des Huskies de Rouen – a ainsi attiré moins de cent curieux. La famille et les amis pour la plupart… Le football américain est un petit peu mieux loti, avec, parfois, jusqu’à cinq cents spectateurs. Et, une fois par an, près de dix mille pour la finale au stade Charléty, la gratuité amplifiant le succès.\n\nMais pourquoi ces deux sports, majeurs dans de nombreux pays, sont-ils aussi confidentiels en France (environ 9 000 licenciés chacun) ? «Chez nous, tout ce qui vient des États-Unis est regardé de travers, peste Éric-Pierre Dufour, le président de la Fédération française de base-ball. Cette connotation nous pénalise.» «C’est également lié au paysage du sport français, dominé par le football et le rugby, précise Marc-Angelo Soumah, la star tricolore du foot version US. Le basket a déjà du mal à exister à côté, alors nous…» Un manque de médiatisation qui achève de plomber deux disciplines déjà passablement lestées.\n\n\n

\n{Joris Bert, ici sous le maillot des Huskies de Rouen, est devenu en 2007 le premier français sélectionné par une équipe professionnelle américaine. Lors de son retour à Rouen, son club s’est démené pour lui trouver un travail chez Décathlon. Photo AFP.}\n
\n\n\nCôté base-ball, le principal handicap vient des infrastructures. «Trouver une aire de jeu en forme de diamant n’est pas évident. Et ce n’est pas pareil de jouer sur un terrain de foot grossièrement aménagé», clarifie Fabien Proust, l’entraîneur de l’équipe de France. Parmi la centaine de terrains recensés en France, seule une vingtaine «ressemble» à une aire de base-ball. «Et aucun n’est aux normes internationales, insiste Éric-Pierre Dufour. Paris est ainsi, avec Londres, l’une des rares capitales européennes à n’avoir pas de stade de base-ball.»\n{ \nUn manque de moyens et d’infrastructures }\n\nLe football américain, lui, peine à profiter d’un engouement récent. «Depuis que France 2 retransmet le Superbowl, nos licenciés ont augmenté de 20 %. Un afflux qu’on a du mal à absorber. Les clubs n’ont pas les moyens de s’agrandir et certains doivent refuser des inscriptions», enrage Thierry Soler, le directeur technique national.\n\nDes problèmes similaires pour une galère commune : la course à l’argent. «Les entreprises privées investissant peu dans le base-ball, nous dépendons beaucoup des subventions publiques. Autant dire de leur bon vouloir», éclaire Éric-Pierre Dufour. Et qui dit peu de sous dit joueurs amateurs. «Les meilleurs touchent 4 000 euros… par an», sourit Fabien Proust. Quand Joris Bert, la jeune star draftée par les Los Angeles Dodgers, revient à Rouen, son club se démène pour lui trouver un travail chez Décathlon ! Ce n’est pas mieux côté foot US. «Quelques primes, parfois un logement payé ou une voiture prêtée, gratifient les… rares joueurs en provenance des États-Unis», dévoile Pierre Passot, ex-joueur des Molosses d’Asnières. Au bout d’un moment, la passion, les sacrifices – «on s’entraîne comme des pros» – ne suffisent plus…\n\n78] (photo Christophe Elise)}\n\nCela n’empêche pas Marc-Angelo Soumah de croire en l’avenir de son sport d’hommes forts. «Le foot américain accroche très bien en banlieue où le rugby rechigne à aller, témoigne celui qui fut à deux doigts d’évoluer en NFL. À La Courneuve, nous sommes le sport numéro 1 avec plus de 500 licenciés. La municipalité nous aide car nous donnons un cadre, des valeurs, à des jeunes souvent hors structures.»\n\nFabien Proust avance également des raisons d’espérer. «Une batte, un gant, un uniforme, une casquette, tout ça plaît aux gamins. L’année dernière, grâce au sport scolaire, nous avons touché 600 000 enfants et beaucoup accrochent», s’enthousiasme l’entraîneur des Bleus. Avant de déchanter. «Mais comme nous n’avons pas de lieux d’accueil, ils ne font que passer. C’est le serpent qui se mord la queue.» En attendant, un jour peut-être, que l’opulent oncle d’Amérique se décide à faire profiter ses lointains cousins de France de sa réussite financière…\n\n{[ David Reyrat – Le Figaro – 28/10/2008 ] }\n\n- {Vous pouvez réagir à cet article en laissant un commentaire sur la page de celui-ci }