Final Four: les héritiers

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_ {Par François Colombier}\n\n\n

{Rotterdam 2012, Rouen en route vers le Final 4}
\n\n\n_ Peut-on parler d’exploit après cette formidable qualification des Huskies au final four, plaçant de façon on ne peut plus brillante le club rouennais au somment du baseball européen ? Oui, si l’on considère le clinquant des victoires contre des équipes plus fortes sur le papier représentant des nations majeures du baseball et le brio démontré tout au long de matches au couteau. Non, si l’on ne veut pas prendre en compte l’aspect exceptionnel de cette qualification, mais plutôt y voir l’aboutissement somme toute logique d’années d’effort, de volonté, de construction.\n\n_ L’histoire du club de baseball de Rouen n’a pas été linéaire. Il y eut une première période de croissance trop rapide, aboutissant à une presqu’implosion , la survie n’étant assurée que grâce au dévouement sans faille de quelques personnes qui ont bien évidemment toute leur part dans les victoires d’aujourd’hui. S’en suivit une période de reconstruction, plus mesurée, mais pas encore totalement aboutie puisqu’elle obligea à faire le choix de la marche arrière, de la descente au deuxième échelon national, pour redémarrer. Après l’âge de bronze et l’âge de fer, c’est depuis 2002 l’âge d’or du baseball rouennais.\n\n_ Selon l’expression souvent répétée du président Xavier Rolland, le club a su mettre au même niveau ses différents piliers. Certains ont mis plus de temps que d’autres à s’élever. La formation, notamment, fut parfois non pas délaissée, mais en retard. Désormais, autour des éducateurs et de l’infatigable Mickael Cerda, le terrain de Saint-Exupery est plein tous les mercredis et les samedis de dizaines de jeunes joueurs de baseball. Et aux côtés des grandes coupes gagnées par leurs aînés, ils installent année après année dans l’armoire au trophée du club leurs propres conquêtes. N’est-ce pas un joli clin d’œil que la veille du départ pour la Coupe d’Europe, les jeunes Huskies s’imposaient dans un tournoi disputé à La Guerche, triomphant en finale de Montigny, la puissance affirmée du baseball français dans la formation ? \n\n\n\n_ Autre pilier, celui de la solidité. Après plusieurs dossiers clos en route, le club dispose désormais d’un siège social digne de ce nom dans les Hauts de Rouen, ces quartiers qu’il défriche depuis des années. Cet aspect est symbolique. Les Huskies ont toujours voulu jouer la carte citoyenne, même si le baseball n’est pas le plus médiatique des sports. Et malgré les difficultés, ils n’ont jamais renoncé à cette implantation dans les quartiers. Savoir tracer sa route et s’y maintenir, c’est une des clés du succès. Les infrastructures sont aussi longues et compliquées à obtenir. Le terrain Pierre-Rolland a dix ans, il aura enfin bientôt ses tribunes et son éclairage. Il en aura fallu des réunions, des courriers, des dossiers, pour aller au-delà des espoirs déçus et obtenir enfin ce qui était souhaité et surtout, ce qui était indispensable. Suivre sa route, toujours. Beaucoup d’autres dossiers, souvent portés par un homme indissociable des succès du club, Pierre-Yves Rolland, ont traversé ainsi bien des tempêtes pour finalement arriver à bon port. Pour une vive déception, la non-organisation de la Coupe du Monde en 2008, combien de satisfactions : le pôle espoirs devenu Pôle France, internet, le tableau d’affichage, les animations dans toute la région… C’est ce qui fait la vie d’un club.\n\n_ Pour revenir à l’aspect purement sportif, les Huskies ont su gravir avec patience et obstination les marches du haut niveau. Là aussi, il a fallu apprendre. Les cruelles défaites en demi-finale du Championnat de France en 2002 et 2004 ont servi de détonateur pour une formidable série de succès nationaux. Dix des onze dernières finales nationales (championnat et challenge) ont été remportées par les Rouennais. C’est sur un trône de fer que les Huskies sont installés pour régner sur le baseball hexagonal. Sur les 9 joueurs qui redécouvraient l’Élite en 2002 par un déplacement victorieux à Montpellier, 3 sont encore de l’effectif : Luc Piquet, Boris Marche, Kenji Hagiwara. Rouen a su se construire sur un noyau dur, auquel se sont greffés au fil des années des talents divers, qui ont chacun apporté leur pierre à l’édifice. L’effectif a mûri, a su se renouveler et se rajeunir quand il le fallait, sans jamais dévier de sa route victorieuse. Des coaches de grand talent ont imposé leur marque et façonné le groupe. \n_ Dans les victoires d’aujourd’hui, comment ne pas voir aussi l’héritage des Plante, Chénard, Rothermundt, Bougie, Roy, dont la vision du jeu a fait grandir l’équipe. Et comment ne pas se réjouir que l’inoxydable Keino Perez soit à la fois le chef d’orchestre (manager) et le soliste (lanceur) de cette symphonie pour un final-four. À l’image du plus rouennais des Vénézuéliens, arrivé en 2005, les dirigeants rouennais sont toujours parvenus à dénicher les bons étrangers, ceux qui font la différence, qui s’intègrent au groupe, qui deviennent de vrais Huskies.\n_ C’est enfin sur bien des terrains européens, au fil des années, que le final-four est devenu accessible. Là aussi, il est question de détermination, de but à atteindre, de volonté ferme. Les Huskies ont découvert l’Europe en 2003, à Barcelone. Ils furent sévèrement corrigés par San Boi et Kinheim, puis échouèrent d’un rien contre Regensburg (comme on se retrouve…) pour la 5ème place. La marche était haute, l’équipe n’était pas encore au point, mais on pouvait déjà sentir qu’il était possible un jour, après beaucoup de travail, d’aller jouer dans cette cour. Après une coupe B, plus anecdotique, mais remportée à Rouen, les Huskies connurent une nouvelle expérience en 2005 à Prague. Un premier bras de fer face à un lanceur de très haut niveau, Duarte, que les Huskies regardèrent pitcher pendant 4 ou 5 manches avant de se mettre au diapason et à le frapper, ne perdant qu’en extra-inning contre Tenerife. Ce furent les premières vraies sensations européennes. L’aventure se termina par une grosse déception, une défaite contre Zagreb qui privait d’une place en demi-finale, un match perdu par trop d’inexpérience. Nouveau passage en groupe B en 2006, puis la première explosion avec la finale européenne de 2007. Tout a été dit sur Keino Perez battant San Marin puis revenant le lendemain pour relever l’immense Nicolas Dubaut contre Rimini, sur Scalabrini martyrisant les lanceurs adverses, sur ces buts remplis avec un seul retrait en 8ème manche de la finale, et des hollandais de Kinheim qui ne savaient plus comment s’en sortir. Rouen était devenu un grand d’Europe. \n\n\n\n
{L’inoubliable victoire en demi finale 2007 face à Rimini en Italie}
\n\n\n_ Mais le haut niveau est un éternel recommencement. Les campagnes suivantes furent plus difficiles, correcte en 2008 (une place en demi-finale) brillante en 2009 (avec ce fameux premier avril et les victoires contre Tenerife et Amsterdam), difficile en 2010 (mais brillamment relevée par un double succès contre l’épouvantail Solingen en barrage), solide en 2011 (à un rien de faire tomber Parme). Jusqu’à ce feu d’artifice de 2012, somme de toutes ces expériences, de tous ces défis. \n\n_ Les vainqueurs de 2012 sont les héritiers de cette riche tradition. Ils portent désormais la flamme là-haut, sur les sommets de l’Europe. Ils n’ont pas fini de nous faire rêver. \n\n\n\n