Dans les coulisses de la Coupe d’Europe

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{ {AVANT DANS LES MEDIAS ITALIENS} } \n{Les Français de Rouen Huskies semblent destinés à l’une des deux dernières places. Premiers dans le championnat de France Élite (16 victoires et 2 défaites, à égalité avec Savigny), les Huskies ne présentent pas d’individualités qui se détachent. L’unique étoile est Robin Roy, qui fut MVP des Championnats d’Europe 1999 et qui est désormais en retraite.} \n\n\n { {APRES DANS LES MEDIAS ITALIENS} } \nAprès deux années de monopole italien, la 34me édition de la Coupe d’Europe des Champions retourne en Hollande. L’équipe de Haarlem bat en finale (3-1) les surprenants français de Rouen \n\n{On n’avait jamais vécu autant d’intérêt de clameur et autant d’éloges pour l’équipe, qui au terme des 9 innings de la finale, est sortie vaincue. La vraie surprise s’appelle Rouen.\nBourreau de Rimini (troisième), de San Marino (le quatrième) et de Grosseto (cinquième), toute l’attention s’est portée sur le Huskies, l’équipe qui représente la capitale de la Normandie.\nOn peut comprendre l’exultation même de son maire, qui possède des racines italiennes, Pierre Albertini. Il a exprimé sur son blog toute sa joie après ce résultat historique, c’est peu dire, pour le baseball français tout entier.\nRouen, trois titres de champions de France en 31 ans d’histoire (NDLR : en 21 ans d’histoire), est aujourd’hui vice champion d’Europe.\nCette soirée de samedi aura proposé une belle finale, avec du suspens jusqu’au dernier strike, pleine d’émotion avec d’un côté des Hollandais, comme toujours forts et concentrés sur les objectifs, et de l’autre des Français bien conscients de la force et de la réputation de l’adversaire mais qui comptait continuer à surfer sur la dynamique de leurs brillantes victoires face à San Marino et Rimini. Deux équipes qui ont offert un spectacle à l’issue indécise.\nRouen s’est battu sur chaque jeu. Avec orgueil. En faisant battre jusqu’au bout le pouls des joueurs hollandais, de son entraîneurs et des spectateurs. Rouen a eu aussi une occasion sensationnelle de renverser la situation. Les Français n’ont pas pu l’exploiter (bases pleines en 8me avec un seul retrait), mais ils étaient déjà au 7me ciel d’avoir gagné le droit de jouer une finale inespérée. \nLe manager de Rouen Sébastien Bougie peut être fier d’avoir été capable de rendre compétitive cette équipe de jeunes français qui est aujourd’hui la deuxième équipe d’Europe et qui n’a plus rien à envier aux traditionnels adversaires italiens et hollandais.\n\nKinheim remporte la Coupe. Rouen sort la tête haute. Chapeau*!\n* en français dans le texte}\n\n\n_ {VOL PARIS-RIMINI} \n\n\n

{Le québécois Dany Scalabrini dort dans l’avion avant de poser pour la première fois les pieds sur le sol de ses ancêtres}
\n\nLundi 11 juin, 5 heures du matin, dans le quartier Saint-Sever à Rouen. Les Huskies ont les paupières lourdes. Pas facile, le réveil. Il y a pourtant un peu d’excitation dans l’air. Ce rendez-vous matinal au pied de l’appartement du coach Sébastien Bougie est le coup d’envoi de la coupe d’Europe des clubs champions, la première de l’histoire du club. \nLes embouteillages parisiens pour arriver à Roissy, l’atterrissage un peu musclé à Bologne, le trajet en bus jusqu’à l’albergo Giamaïca de Rimini, camp de base de la meute, ajouteront à la fatigue du groupe, de sa quinzaine de supporters et des journalistes de Paris-Normandie et Normandie TV.\nAussitôt installés, les Huskies traversent la rue pour fouler le sable des plages de l’Adriatique. Une température de l’eau parfaite, un soleil éclatant, les canapés confortables du Dune Café pour le jus d’orange sanguine de la fin de matinée, les terrains du beach-volley pour des parties à quatre-contre-quatre, les délicieuses pizzerias du coin, tout donne à cette première journée européenne un petit air de vacances.\n\n\n
{Du soleil, des palmiers, une plage… Keino Perez, le lanceur vénézuelien de Rouen, aurait pu se croire au pays. Il a en tout cas joué les serveurs au « Dune », un lieu désormais mythique à Rimini pour les Huskies}
\n\nCe n’est pas tout à fait le cas pour les coaches rouennais qui se rendent le soir à San Marino pour la traditionnelle réunion technique. Le trajet d’une demi-heure environ leur fait découvrir les délices de la conduite à l’italienne. Le chauffeur du mini-bus, le portable dans une main, le coup de klaxon agressif, le sens de la trajectoire un peu étrange dans les virages, donne quelques sueurs froides à Sébastien Bougie et François Colombier. A la réunion technique, dans les somptueux locaux du comité olympique de San Marin menée par le brillant Jan Esselman, en présence de Jean-Marie Meurant, les rouennais prennent vraiment conscience de leur statut de petit nouveau. Entre espagnols, italiens, hollandais, tchèques ou allemands, Tout le monde s’interpelle, parle fort comme pour impressionner l’autre, se promet des retrouvailles en phase finale. On croise quelques têtes connues. L’éternel Eugène Grimaldi, devenu scout pour Brno, peste contre les horaires qui font jouer son équipe deux fois de suite à 10 heures 30 le matin, ou Serge Makoutchetchev qui représente le corps arbitral français. La réunion se déroule rapidement : entre la traditionnelle vérification des rosters, et les consignes techniques : 12 secondes entre chaque lancer, balles Wilson A1010, règlement de départage CEB (on en reparlera, peut-être que les rouennais auraient dû être plus attentifs à ce moment-là), etc. Un excellent buffet ponctue la soirée. pendant ce temps, Jeff Zeilstra et Boris Rothermundt ont rejoint l’hôtel rouennais. Les Huskies sont ravis de revoir leur ancien coach, sans qui ils ne seraient probablement pas en Italie. Coach Boris va remettre son numéro 28, et lancer de nouveau ses BP de folie qui ont tant fait pour la qualité de frappe des rouennais. Eric et Joëlle Hartout viennent aussi d’arriver. Les fidèles partenaires sont à côtés du club. Ils repartiront avec une commande ferme : créer une pizza « Huskies » dans leur restaurant, le Chalet. La délégation française est au complet. La compétition peut commencer. Le premier défi des Huskies est toutefois de taille : éviter les attaques sournoises et nombreuses des moustiques, et tâcher de faire marcher une climatisation récalcitrante mais pourtant bien utile par ces fortes chaleurs italiennes. \n\n\n \n_ {LA LEÇON DE MEJLHOLM} \n\nLes rouennais ne jouent leur premier match qu’en milieu d’après-midi du mardi. L’occasion d’aller pour les joueurs se baigner, et pour Keino Perez de faire admirer ses talents de chasseur de coquillage, et pour les coaches d’aller voir quelques manches de Kinheim – Brno. On y remarque la qualité des lancers de Patrick Beljaards (« un bon gaucher, typique, qui place bien la balle », analyse Sébastien Bougie) et de la frappe de Danny Rombley, sans s’imaginer, bien sûr, que cinq jours plus tard… On y croise aussi Matthew Blackmore, l’ex-joueur de Bois-Guillaume portant désormais les couleurs tchèques.\nLes Huskies se rendent sur le terrain de Riccione pour leurs débuts dans la compétition. Ils y retrouvent une vieille connaissance, les Marlins de Puerto Cruz. Une petite différence, le lanceur Duarte, blessé au coude, n’est pas dans l’équipe partante. \n\n\n
{Premier adversaire de Rouen, Tenerife, champion d’Espagne, invaincu de la saison avant la rencontre}
\n\nLes rouennais ne gagnent pas au change en affrontant l’excellent Hernandez. Pendant les cinq premières manches, il ne concédera rien de plus qu’un but sur balles à Scalabrini, retirant au passage 6 rouennais sur des prises. Commentaire général : « cela fait trop longtemps qu’on a pas affronté un lanceur de ce niveau, il faut un peu de temps pour s’ajuster ». Les espagnols ne sont toutefois pas mieux lotis. Karl Mejholm leur donne une leçon. Variant la localisation de ses pitches, la vitesse de ses lancers, jouant sur toute la gamme de ses effets, il livre une prestation à la Greg Maddux, « peinturant les coins du marbre », et gardant sans cesse hors d’équilibre les frappeurs adverses. Trop agressifs, ou pas assez disciplinés, les Marlins ne frappent que des faibles roulants ou de petits ballons. Le lanceur rouennais ne concédera que deux hits dans les cinq premières manches, à chaque fois après deux retraits.\n\n\n
{Karl Mejlholm}
\n\nLe match va se jouer en sixième manche. Sanchez commence par frapper en lieu sûr pour Tenerife, et se fait pousser au deux par l’amorti de Martinez. Pour la première fois du match, un coureur est en position de marquer. Mais Perez frappe un fort roulant à Mejholm qui se saisit de la balle et coince Sanchez en souricière, action complétée par Dubaut et Scalabrini. Les Huskies vont-ils se réveiller ? Ils concèdent rapidement deux retraits, avant que Lecourieux ne soutire un but sur balle sur un compte plein. Comme souvent cette saison, la machine rouennaise va alors se mettre tout d’un coup en marche, et tout renverser sur son passage. Simple de Bert, simple de Scalabrini, et Rouen mène 1-0. Hagiwara reçoit un but sur balles pour remplir les buts, et Piquet claque une flèche au champ centre sur laquelle deux autres points vont marquer. 3-0 pour Rouen, Mejholm se chargera du reste, avec notamment six strike-out pour les sept derniers retraits. Le match n’aura duré qu’une heure 50. \nQuelques joueurs vont assister au choc San Marin – Grosseto du soir, et admirent une démonstration de puissance de l’équipe locale qui s’impose 12-2 en huit manches. Pas de doute, c’est du haut niveau, ça frappe fort, ça lance fort, ça joue fort.\n\n {ROUEN – TENERIFE 3 À 0} \n\n|TENERIFE|0|0|0|0|0|0|0|0|0|0|3CS|0E||||||||\n|ROUEN|0|0|0|0|0|3|0|1|-|3|4CS|0E|||||||\n\n\n\n\n_ {UNE MAUVAISE MANCHE} \n\n\n
{Philippe Lecourieux et Brian Deler}
\n\nC’est Grosseto qui se dresse le mercredi sur la route des Huskies. Si Joris Bert frappe le premier hit du match, les rouennais seront dominés par le gaucher Oberto (meilleure ERA du championnat d’Italie) et aussi par une défense très solide des italiens, à l’image du troisième base Sgniaolin, souvent sollicité par des roulants des rouennais, mais qui accomplit tous les jeux. Philippe Lecourieux ne lance pas mal, mais doit céder quelques coups-sûrs aux puissants frappeurs de Grosseto : triple de deux points de Dellaspedale en 2ème manche, double de J.Ramos en 3ème manche (deux points seront marqués dans cet inning). « Poppy », comme le surnomment ses coéquipiers, gardent tout son sang-froid, notamment en 4ème manche alors qu’il s’en sort sans donner de point avec les buts remplis, un seul retrait, et les frappeurs 4 et 5 de Grosseto à la batte. Les italiens déroulent, jouent tranquillement, un rien condescendants, et ne concéderont que 4 hits aux Huskies. Au monticule des rouennais, Brian Deler fait une bonne relève pendant 2 manches et 1/3, après que son premier lancer, 30 centimètres au-dessus du casque de K.Ramos ait fait craindre le pire. Fatigué, le « Big » concède deux BB et un hit pour remplir les buts. Sébastien Bougie fait alors appel à Alexandre « LA » Sochon. L’ancien des Andelys a lancé trois jours auparavant en N1 contre Dunkerque. Il prend le monticule cette fois-ci dans une situation compliquée face à une des meilleures équipes italiennes. Et il s’en sort presque. Sur son premier lancer, un roulant est frappé à Dubaut qui lance au marbre pour commencer le double jeu. Boris Marche touche à la plaque, et lance en première base. Le relai arrive en même temps que le coureur, qui bouscule un peu le gant de Romain David. La balle tombe, le retrait n’est pas effectué. La huitième manche du match sera la seule manche ratée par les rouennais. Des vilaines erreurs, des coups-sûrs, un BB, cinq points au total viendront marquer. Cette soirée n’était décidemment pas celle des Huskies. On aurait pu s’en douter avant même le début du match. Hugo Blondel, l’impeccable bat boy qui a officié pendant toute la semaine, avait oublié ses chaussures de sport à l’hôtel, et a officié en sandales, non sans en ressentir une certaine gène qu’il fit partager à toute l’équipe, repètant plusieurs fois à chacun, comme pour mieux s’exorciser, « tu sais pas quoi, j’ai oublié mes chaussures ». Pas grave, Hugo, vu le nombre de courses que tu as accompli toute la semaine pour chercher battes et balles, cet oubli t’as été tout de suite pardonné. \nEn tout cas, les rouennais repartent un peu déçu, avec le sentiment qu’ils pouvaient faire mieux. \n\n\n {ROUEN – GROSSETTO 10 À 1} \n\n|ROUEN|0|0|0|0|0|0|0|1|0|1|5CS|2E||||||||\n|GROSSETTO|0|2|2|0|0|0|1|6|-|10|16CS|0E|||||||\n\n\n_ {MISE AU POINT} \n\nMais tout reste encore possible pour une place en demi-finale. Il suffit de battre San Marin sans concéder plus de deux points. Le rituel des matinées italiennes reprend le jeudi matin, un peu de farniente, quelques parties de poker. Pendant ce temps, Dany Scalabrini ne va pas bien du tout. L’arrêt-court des Huskies est malade. Une très vilaine angine qui l’empêche de manger, et dont la fièvre l’épuise. Un cabinet médical est heureusement proche de l’hôtel, et Dany se verra prescrire les médicaments à base de pénicilline qu’il faut pour soigner son mal. Etant donné les performances réalisées par la suite par l’arrêt-court rouennais, on ne peut que dire du bien de la médecine italienne !\nPendant que Dany se soigne, Joris Bert continue son tour des médias. Au tour d’Europe 1 et de l’émission de Laurent Ruquier de solliciter notre Jokester, qui prouvera par quelques jokes de bon niveau, bien qu’à peine réveillé, qu’il ne se laisse pas déstabiliser par ce qui lui arrive. On s’interroge dans l’équipe : quel sera le prochain média ? RTL pour les Grosses Têtes ? France Culture ? Ce sera finalement RMC qui, à son tour, mettra le baseball en valeur sur ses ondes. \nPremier match en nocturne pour les rouennais face aux champions d’Europe en titre. Le moins qu’on puisse dire, et que les deux équipes présentent de sérieuses différences, à commencer par l’âge. Buccheri, 39 ans, Sheldon, 44 ans, De Biase 33 ans, Finetti, 37 ans, une moyenne d’âge totale de 32 ans et 8 mois pour le line-up de départ de San Marin, contre 23 ans et 7 moins pour les Huskies ! San Marin est là pour gagner : son 9 de départ est celui qui a corrigé Grosseto et Puerta Cruz. Il en faut plus que cela pour Keino Perez, qui ne concédera son premier hit qu’en 4ème manche. Les rouennais s’inscrivent au pointage dès la 3ème manche. Romain David frappe un double au centre, va en 3 sur l’amorti sacrifice de Lecourieux, et marque sur le ballon sacrifice de Scalabrini. Ce qui s’appelle un point construit. San Marin réagit en 5ème. Avec un retrait et les buts remplis, c’est aussi un sacrifice fly de La Fera qui créer l’égalité. Perez s’en sort en retirant sur trois prises (décision) Sheldon, qui passera sa colère pendant quelques secondes sur l’arbitre, impassible. Il en faut plus pour que les Huskies se découragent. La vitesse de Bert sur un roulant à l’arrêt-court provoque une erreur de La Fera. Scalabrini frappe un simple, et Hagiwara se sacrifie pour faire avancer les coureurs. Après deux retraits, Marche frappe un simple de deux points au centre. San Marin n’arrête plus les Huskies. Lecourieux marque en 7ème sur un simple de Scalabrini, mais Comoglio rentre en relève pour fermer les livres. Lecourieux est d’ailleurs le héros de ce milieu de match. En 6ème manche, c’est lui qui effectue tous les retraits. Et le premier de la plus belle manière qui soit, en volant tout simplement un home-run à De Biase, un très haut et très long ballon que le champ droit rouennais va cueillir au dessus de la clotûre. Le jeu du tournoi pour les Huskies. \nDe 4-1, le score va passer à 7-1 en neuvième manche. Simple de Dubaut, retrait de David, simple de Lecourieux, double d’un point de Bert, double de deux points de Scalabrini. La relève de San Marin, cette fois Nyari, vient ensuite contenir les frappeurs rouennais. Sébastien Bougie prend Keino Perez à part. Il lui explique la situation : pas plus d’un point à donner pour une place en demi-finale. Perez a déjà 143 lancers dans le bras. Il retire Albanese sur un roulant à l’arrêt court. Finetti frappe ensuite un simple au champ intérieur. \n\n« CONGRATULATION, YOU ARE SECOND »

\n\nDeuxième retrait avec un ballon de Buccheri . La Fera soutire ensuite un BB. Le compteur de Perez est à 160 lancers. Le bullpen rouennais s’échauffe, Nicolas Dubaut accélère ses lancers. Perez affronte Sheldon. Il l’a retiré trois fois sur des prises. Le compte est de 1-2. Plus qu’un strike, est Rouen est en demi-finale. Sheldon va chercher trois balles de suite pour remplir les buts. Au tour du dangereux Di Biase de se présenter à la batte. Il frappe 2 pour 3, et a manqué un circuit. Bougie hésite quelques secondes, et décide de finir le match avec Perez. De nouveau, le compte est favorable 1 balle et 2 prises. De nouveau, les rouennais sont à un strike de l’exploit. Balle. Balle. Compte complet. Sur son 172ème lancer, Perez touche le coin extérieur, mais Di Biase était prêt et frappe un solide roulant qui file dans le champ droit, les coureurs étaient en course, deux points viennent marquer. C’est 7-3, et tout d’un coup une interrogation se fait dans l’esprit des coaches rouennais : quel est donc le critère suivant de départage ? Rouen et Grosseto ont encaissé le même nombre de point, comment faire ? Les coaches des Huskies, qui n’ont pas bien appris leur leçon, pense que c’est le résultat entre les deux équipes qui fait la différence. Ils n’ont pas le temps de vérifier (« j’aurais du le faire avec le match, je suis coupable, mais finalement cela nous aura donné encore plus d’émotions », déclarera François Colombier) Perez force Rovinelli à frapper un faible ballon pour finir le match. La victoire est superbe, mais les Huskies se pensent éliminés. Sébastien Bougie, pour être totalement fixé, se dirige vers les commissaires. « So, now, what’s happen ? ». Après une seconde, la réponse tombe « congratulation, you are second ». Les joueurs sont à une dizaine de mètres de là, en train de ranger leurs affaires. Sébastien Bougie se tourne vers eux et hurle « on est en demi-finale ». Des hurlements de joie montent aussitôt dans la nuit italienne. Pour rien du tout, pour une manche de différence, la 9ème qu’ils n’ont pas joué contre San Marin, Grosseto est éliminé : coefficient de point encaissés de 0,72 pour Rouen, et de 0,76 pour les italiens. \nLes émotions s’emballent, les téléphones et les SMS bourdonnent, les sourires sont accrochés pour de longues heures. Rouen est en demi-finale. Sébastien Bougie et François Colombier laissent leurs joueurs fêter l’événement, et filent vers l’aéroport de Bologne où David Gauthier, en provenance directe des dernières épreuves du bac, les attend pour finir la compétition. La route est belle pour les deux coaches rouennais.\n\n\n\n {ROUEN – SAN MARIN 7 À 3} \n\n|ROUEN |0|0|1|0|0|2|1|0|3|7|10CS|1E||||||||\n|SAN MARIN|0|0|0|0|1|0|0|0|2|3|6CS|1E|||||||\n\n\n_ {JUSQU’AU BOUT DU REVE} \n\nLe lendemain matin, dans la chambre 214, Stéphanie Raulet branche son appareil photo sur son ordinateur. 25 minutes de temps de transfert pour les 1 500 photos prises jusqu’alors (on atteindra les 3 000 à la fin du séjour). Elle a donc le temps, comme tous les matins, de prendre ses sacs, et d’aller jusqu’au supermarché voisin effectuer quelques courses. Pas pour elle, pour les joueurs. De quoi grignoter avant et pendant les matches, sandwiches, fruits, gâteaux, boissons, toujours avec ce sens inné du collectif, du sacrifice pour les autres, sans compter son temps. Stéphanie, tout le monde l’aime pour elle-même, et pour tout ce qu’elle donne au club. En rentrant, elle se transformera en coiffeuse pour quelques uns. Rendre service, toujours. Garder le sourire, toujours. Aimer les autres, toujours. Merci Steph. \nPendant ce temps, on se précipite sur la presse italienne qui consacre une page par jour à la compétition. Les rouennais y voient un titre qui fait mal : « Une demi-finale facile pour Rimini ». Même la presse normande parle d’un « succès improbable » pour le match du soir. Il n’en fallait pas plus pour ajouter un peu à la motivation des rouennais qui sont sur un nuage, qui jouent un baseball de rêve, tant offensivement que défensivement. \nRimini joue les divas. Presque pas d’échauffement, le lanceur n°1, Anthony Fiore, est préservé pour la finale, on donne la balle au n°3, le gaucher Hartman (MPM de 2,48, 54K en 54,1 manches quand même). Côté rouennais, comme prévu de longue date, c’est Nicolas Dubaut qui prend le monticule. \n\n

{Nicolas Dubaut, le lanceur partant de Rouen}
\n\nLes rouennais ne vont absolument pas se laisser étouffer par l’enjeu. Ils s’amusent, ils sont calmes, ils sont sereins. Et ils marquent les premiers dès la deuxième manche. Marche frappe en simple, va en deux de façon très agressive sur une balle mal contrôlée par le catcher, et marque après deux retraits sur un hit de Flavien Peron. Rouen double son avance en 4ème. Double de Scalabrini, qui va en trois sur le roulant d’Hagiwara et marque sur le simple de Piquet. C’est propre, c’est simple, c’est bien exécuté. Les italiens forcent de plus en plus. Mais la défense rouennaise rend coup pour coup. En 4ème, Garcia et Chiarini frappent deux simple. Carozza frappe un solide roulant à la droite de Scalabrini. Tout le monde pense que l’arrêt-court rouennais va faire le jeu en troisième base pour prendre le retrait le plus simple. Au contraite, il se saisit de la balle, pivote à grande vitesse et lance en deuxième base, Luc Piquet attrape le relai et lance à temps en première malgré le slide pieds en avant de Chiarini. Un double jeu splendide, une pure merveille de baseball. Les rouennais tourneront un autre double jeu pour mettre fin à la cinquième manche.\n\n
{Rouen Rimini, un match de très haut niveau}
\n\nTout semble bien aller, mais Rimini pousse de plus en plus fort, et en sixième, un peu de pression vient dérégler la belle machine rouennaise. Crociati soutire un BB. Il est retiré en deux sur un bunt de Serafin, très bien défendu par Dubaut. Un mauvais lancer envoie Serafin en deux, puis en trois sur un simple de Garcia. Chiarini frappe un nouveau simple d’un point. La défense rouennaise réagit bien et coupe Garcia qui tenter d’aller en trois, grâce à un magnifique relai d’Hagiwara. Avec deux retraits, les Huskies pensent s’en tirer quand Carrozza frappe un roulant de routine en troisième base. Mais David Gauthier manque complètement son lancer, la balle file dans le champ droit, et Rimini égalise sur le jeu. Un ballon dans la droite met fin à la manche, mais tout est à refaire. \nLes Huskies ne se poseront pas longtemps de questions. Rimini fait appel à son releveur n°1, Leonardo D’Amico. Flavien Peron l’accueille par un simple. Rouen recommence la stratégie qui lui réussi jusqu’alors : Romain David pose un amorti sacrifice parfait. Puis, sur le premier lancer, Philippe Lecourieux frappe un simple, Peron s’arrête au trois, car la balle est revenue très vite du champ centre. Joris Bert est à la batte, il frappe un roulant au deuxième but, les italiens tentent le double jeu, mais Joris est bien trop rapide, il bat facilement le relai, et Peron marque le troisième point rouennais. Bert vole ensuite la deux. Scalabrini est au bâton. Il frappe un simple (son septième court sûr consécutif depuis son ballon sacrifice contre Grosseto) et Rouen mène 4-2. Rimini se bat : simple de Napolitano, sacrifice de Signorini, simple d’un point de Pena, entré comme frappeur suppléant. Pendant ce temps, Sébastien Bougie envoie ses releveurs dans le bullpen. Quelques gauchers suivent au bâton, Giovanni Ouin pourrait bien être l’homme de la situation, mais il n’a lancé qu’une manche cette saison. Le coach rouennais entend un bruit de crampons dans le vestiaire attenant à l’abri. Il penche la tête par la porte et voit Keino Perez en train de se préparer. « Qu’est ce que tu fais » demande le coach. « Je vais aller m’échauffer » répond le vénézuelien. « Qu’est ce qui te reste dans le bras ». « Je ne vais pas lancer avec mon bras, mais avec mes c….. » répond Keino qui file dan dans l’enclos des releveurs. La situation devient grave pour Rouen. Un double de Crociati met des coureurs en 2 et 3 avec un seul retrait. La qualité du champ extérieur rouennais a empêché un point d’aller marquer sur cette frappe. Serafin frappe une petite line-drive à Piquet pour le deuxième retrait. On décide de donner un BBI au dangereux frappeur de la république dominicaine Amaury Garcia. Et Keino Perez fait son apparition sur le monticule, à la grande stupeur de tous les spécialistes qui ne comprennent pas comment il peut relever après les 9 manches de la veille. Au bâton, Chiarini, le meilleur producteur de points de Rimini en championnat. Sur un compte de 2-2 il frappe une flèche très puissante que David Gauthier saisit de volée pour le troisième retrait. Quel jeu ! Rouen menacera encore en 8ème, avec un appel discutable de l’arbitre retirant Boris Marche au marbre sur une frappe de Gauthier alors qu’il avait semblé glisser sous le gant du catcher. On s’en va en neuvième manche avec un seul petit point d’avance pour Rouen. Signorini est retiré sur un ballon à Hagiwara. Pena est atteint par un lancer. Deuxième retrait quand Crociati frappe un petit ballon en première base. Serafin est atteint par un lancer. Garcia à la batte. Sur le premier lancer Il frappe très haut et très loin. Pas d’inquiétude, Joris Bert recule de quelques mètres, se place sous la balle, et effectue le dernier retrait du match. On vous laisse deviner la course folle des Huskies vers le monticule et les scènes de joie qui s’en suivent. Au moment de la poignée de main, beaucoup d’italiens baissent les yeux. Ils ne s’attendaient pas à cela.\n\n\n
{C’est fait ! Rouen est en finale en battant le « monstre » italien Rimini. C’est la première fois qu’un club français se qualifie pour une finale de Coupe d’Europe des champions}
\n\n\n {ROUEN – RIMINI 4 À 3} \n\n|ROUEN| 0|1|0|1|0|0|2|0|0|4|12CS|2E||||||||\n|SAN MARIN| 0|0|0|0|0|2|1|0|0|3|10CS|1E|||||||\n\n\n\n_ {TETE HAUTE} \n\nLa nuit est belle sur la plage de Rimini où toute l’équipe se retrouve pour le verre du plaisir et de l’amitié, et alors que certains se retrouveront jetés à l’eau. Jamais une équipe française n’a réalisé une telle performance, se qualifier en finale de la coupe des champions. Cela valait bien un bain de mer un peu forcé ! \nA 2 000 kilomètres de là, un homme n’en peut plus. Xavier Rolland, le président des Huskies, est resté à Nantes, retenu par l’actualité électorale. C’est trop dur de ne pas être avec son équipe dans ces moments là. Xavier n’est pas homme à hésiter longtemps quand il s’agit des Huskies. Ce sera compliqué, très fatiguant, mais il faut le faire. Il prend son téléphone, rameute la vielle garde, la Old School : de Londres, le Captain répond présent, le King aussi lui qui a toujours su que les français pouvaient jouer au baseball aussi bien que les autres, la Machine, forcément, et Booner, toujours là, et aussi, pour que la meute soit au complet, Pierre Le Guillou, qui en a finit avec son bac. On trouve un avion, on se rend comme on peut à Roissy, et on arrive, en plus grand secret, quelques heures avant la finale. « Seul Francky était au courant », sourit Robin Roy. « On ne voulait pas qu’il fasse une crise cardiaque en nous voyant arriver ». Il y avait aussi Stéphane Giraud, qui, se rappelant ses trajets entre Vernon et Rouen pour venir s’entraîner, plaçait la barre beaucoup plus haut en s’offrant un invraisemblable Strasbourg – San Marin en voiture. Il ne manque que Giovanni Ouin et Flavien Peron. Le matin même à quatre heures, emmenés par le Colonel, qui commence à connaître la route, ils ont pris l’avion à Bologne pour un long voyage qui va les amener jusqu’à Dieppe. Troquant l’habit de baseballeur pour le costume-cravate, ils vont jouer l’important rôle de témoin dans le mariage de Laurent G. et Elodie. Bien sûr, c’est un peu dur de laisser les copains le jour du match le plus prestigieux de l’histoire du club. Mais que c’est bon aussi d’aller célébrer cette belle noce.\nLes joueurs venaient de débarquer du bus, ils attendaient de savoir vers quel dug-out se diriger quand ils ont vu arriver leurs amis. Quel fort moment d’émotion ! Quels cris, quelles embrassades ! Les Huskies sont un grand club, ils sont avant tout une grande famille.\nLa journée s’était passée jusque-là très tranquillement. Farniente, cartes postales, jeu de carte, on se moquait aussi gentiment de Michelle, l’amie de Keino, et la sÅ“ur de René Cremer, deuxième base de Kinheim. Toujours de la décontraction, du calme, de la force. Dans le bus, on ne sentait pas la pression d’une finale. Retentissait même le « relax, take it easy », en passe de devenir l’hymne rouennais. Même la vingtième assiette de pates servie par les sympathiques hôteliers du Gamaica (beaucoup de pâtes, certes, mais avec des accompagnements différents chaque jour) était passée sans récriminations. \n\n\n\nLa première manche fut pourtant difficile. Rombley, futur MVP du tournoi, parvenait à faire un petit contact avec un compte de 0-2 et frapper un ballon à l’entre-champ pour un coup-sûr. Un amorti mal défendu, une erreur de David Gauthier sur un jeu difficile, et un ballon sacrifice de Koolen doonait un premier avantage à Kinheim. Face au redoutable Beljaards, les Huskies souffrent un peu, arrachent quelques coup-sûrs, mais encaissent aussi de nombreux K. Rombley remet ça en troisième manche. Compte de 2-2, petit ballon à droite. Il sera ensuite coupé en tentative de vol, et Cremer retiré sur trois prises. Le grand gaucher Van den Klaasten est au bâton. Le lancer de Melhjolm est bas, aux genoux, mais le hollandais catapulte la balle au dessus de la clotûre du champ gauche. Kinheim domine et menace de nouveau en 5ème avec un triple de Koolen pour commencer la manche. Meljhom sort une énorme performance en retirant Verbij et Bernardus sur trois prises avant de faire frapper un faible roulant à Heemskerk. Rouen réplique en 6ème par un double de Scalabrini (qui d’autre…) pour commencer la manche, mais à son tour Beljaards fait le travail. En septième manche, Meljhom doit céder le monticule, blessé à un muscle de l’avant-bras. Philippe Lecourieux n’a pas eu vraiment le temps de s’échauffer, et il concéde un point, après deux hits, une erreur et un but sur balles avec bases pleines. L’arbitre n’a pas vraiment aidé le lanceur rouennais sur le coup en n’appelant pas un check-swing. Ajouté à une mauvaise décision sur le premier point de Kinheim (le coureur était parti avant l’attrapé) et un autre appel complètement raté sur un plongeon de Hagiwara, largement sauf en deuxième base, on ne peut pas dire que les « blues » aient vraiment été à la hauteur de l’évènement. Rouen se sort de la huitième par un retentissant double jeu Dubaut – Marche – Dubaut. \n\n
{Patrick BELJAARDS et Karl MEJLHOLM. Un superbe duel de lanceur}
\n\n\n\nC’est aux Huskies de passer au bâton. La huitième manche. Leur manche. Celle où ils ont gagné tant de matches ces dernières semaines. Après que Beljaards ait lancé son 12è strike out du match, Bert frappe un triple au centre. Aussitôt, le coach hollandais fait appel à son closer, Van Kampen. Beljaards est furieux de laisser sa place. Les rouennais ne se laissent pas impressionner par les lancers de côté du droitier. Scalabrini frappe un simple pour le 1er point. Puis Hagiwara et Piquet eux aussi frappent des simples pour remplir les buts. Le point de la victoire est en 1ère base. Boris Marche, le meilleur producteur de points des Huskies est au bâton. Il a catché les 5 matches, il a beaucoup donné au bâton, et ne peut que frapper un ballon au catcher sur un compte de 1-0. Au tour de David Gauthier, capable de sortir la balle de n’importe quel terrain. Le compte monte rapidement à 1-2, et après deux fausses balles, « krouck » fend l’air sur une troisième prise. C’est fini, Rouen a laissé passer sa chance, Kinheim hurle sa joie, sans doute à la hauteur de la peur qu’ils ont eu de cette équipe française qui les a bousculé jusqu’au bout.\n\n\n\nFélicités de toute part, par les merveilleux supporters qui ont une nouvelle fois remporté la bataille des tribunes, par les plus hautes instances du baseball européens, par le président de la FFBS, Pierre-Eric Dufour qui ne cache ni sa joie ni sa fierté, par leurs adversaires qui les applaudissent quand ils vont chercher leur médaille d’argent, les Huskies oscillent entre la tristesse d’avoir perdu cette finale et la fierté de l’exceptionnel parcours accompli. \n\n\nC’est ce dernier sentiment qui l’emportera. Dans le bus du retour, les premières chansons sortent, la nuit se poursuivra très tard dans un night club du port de Rimini.\nLe lendemain matin, à l’aéroport, les rouennais croisent les hollandais, qui ont semble-t-il moins fait la fête qu’eux. Les Huskies ont de nouveau les yeux bien fatigués. Mais cette fois, des étoiles brillent au fond de leur regard. Ils sont la plus grande équipe de l’histoire du baseball français. Ils peuvent en être fiers.\n\n\n {ROUEN – KINHEIM 1 À 3} \n\n|KINHEIM| 1|0|1|0|0|0|0|1|0|3|14CS|2E||||||||\n|ROUEN| 0|0|0|0|0|0|0|1|0|1|8CS|1E|||||||\n\n\n\n—-