Piquet: 2019 sera ma dernière saison

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Luc, tu te souviens du jour où tu as découvert le baseball ?

Bien sûr. J’avais 8 ans. On était au Centre aéré de Neuville-les-Dieppe. Des joueurs des Sharks, le club de Dieppe, nous ont invité au terrain pour une initiation. Quand je suis rentré chez moi, j’ai dit à ma mère : « je veux faire du baseball ! ». Je n’ai depuis jamais cessé de jouer.

Qu’est ce qui t’a plu ?

Aucune idée. Ca a matché. J’avais fait du judo, du tennis de table, des sports individuels. Ca ne me plaisait pas. Le volley non plus. Le baseball, tu peux performer individuellement mais sans l’équipe, tu ne peux rien faire. J’aime cette idée. Sans ton lanceur qui lance des prises, sans les frappes de tes copains, tu ne peux rien faire. Et puis, quel que soit ton physique, on va te trouver une place dans l’équipe quand tu es gamin.

C’était une bande de pote en plus ?

On était tous au collège ensemble à Dieppe. Mathieu Crescent, Giovanni Ouin, Paul mon frère, Laurent Gobourg…Après les cours, on allait aux entrainements, aux matchs. Comme le baseball n’était pas connu, ca intriguait pas mal autour de nous. Et ca nous plaisait, on expliquait notre sport… Pierre Le Guillou et Flavien Peron sont ensuite arrivés dans le groupe.

Et tu as toujours joué deuxième but ?

Oh non. Au début, je lançais. Sinon, infielder. Arrêt-court, troisième but, deuxième but. J’ai même catché ensuite.

Avec les copains, on avait organisé un déplacement pour voir jouer Rouen. C’était en 2000 je crois. C’était la fête. On arrive au terrain. Je me rappelle, Boris Marche jouait. Waouhh ! Putain, laisse tomber… Le niveau !

Comment as-tu découvert les Huskies ?

Avec les copains, on avait organisé un déplacement pour voir jouer Rouen. C’était en 2000 je crois. C’était la fête. On arrive au terrain. Je me rappelle, Boris Marche jouait. Waouhh ! Putain, laisse tomber… Le niveau ! Robin Roy sur la butte, Alban Pesquet… Les joueurs avaient été super sympas avec nous. On avait discuté longtemps. J’avais 16 ans. Boris Marche, c’était une vedette. Je l’ai retrouvé ensuite aux Interligues à Pineuilh (Nouvelle Aquitaine). On jouait ensemble. On avait créé la sensation en battant l’Ile-de-France. Personne ne nous connaissait. C’est Sylvain (Virey) qui nous coachait. Ca joue au baseball en Normandie ! Tout le monde était surpris. Juste après, j’avais été convoqué à mes premiers regroupements en équipe de France jeunes. Comme catcher. Les titulaires au poste s’appelaient Boris Marche et Pierrick Lemestre. Imagine (rires) !

Tu rejoins ensuite Rouen.

Oui en 2001. J’allais faire mes études à Rouen. Sylvain Virey m’a proposé de rejoindre le Pôle en tant qu’externe. Et c’est là que tout s’est accéléré.

Tes premières impressions ?

Je m’entraine tous les jours, j’adore ca. J’avoue avoir passé plus de temps sur les terrains qu’à réviser. Le club jouait en Nationale 1. Damien Flicoteaux, Alban Pesquet, Justin, Rudy Bauer… Kenji (Hagiwara) avait 15 ans. Patrice Plante (lanceur québécois) nous avait rejoint. On s ‘éclatait, on était tout le temps ensemble, c’était la vie rêvée. C’était une période incroyable. Je n’ai que de bons souvenirs.

Et on remporte le championnat de N1. On bouffait du baseball à haute dose. Même entre les deux matchs, on restait sur le terrain et Robin Roy nous frappait des balles, des rockets… On ne mangeait pas, Robin nous mettait la pression, avec la pédagogie qu’on lui connaît (rires) ! On bat St Lô en finale à Compiègne avec Carlos Jiminian en face. Le terrain à St Exupéry sort de sol. Il n’y avait pas de dugouts, on était au milieu des spectateurs.. On sortait les parapluies sur le banc…

2002, tu découvres la Division 1 ?

Oui une saison de malades. On monte et on gagne 29 matchs sur 30 ! Inouï ! Mais on perd 2/1 en demi finales des play offs face à Savigny. On gagne le premier match et on perd les deux le dimanche. A Savigny, c’était toute l’équipe de France de l’époque. Et nous on était des bizuths. Quand on a perdu, c’était la fin du monde. Bizarrement, je n’ai aucun souvenir des matchs. Mais après… Ca a été très dur. Mais même si on a perdu, la dynamique était lancée…

Nous avons eu de la chance d’être encadrés par de belles personnes, franches, estimées. Yann Monnet, Alban (Pesquet) , Damien (Flicoteaux)… Elles savaient nous mettre en confiance, elles nous ont fait grandir. Aujourd’hui, avec Max (Lefevre), Krouk (David Gauthier), Kenji (Hagiwara), on essaie d’avoir la même bonne influence auprès des jeunes.

La revanche, c’est l’année suivante. Quels souvenirs gardes-tu de ce premier titre de champion ?

Plutôt des personnes. Nous avons eu de la chance d’être encadrés par de belles personnes, franches, estimées. Yann Monnet, Alban (Pesquet) , Damien (Flicoteaux)… Elles savaient nous mettre en confiance, elles nous ont fait grandir. Aujourd’hui, avec Max (Lefevre), Krouk (David Gauthier), Kenji (Hagiwara), on essaie d’avoir la même bonne influence auprès des jeunes. Pour leur donner les mêmes chances. C’est la force de Rouen cet état d’esprit. On tente tous de tirer le groupe vers le haut. Toujours. Gagner sur le terrain, grandir en dehors… Les deux sont liés. Tu ne peux vivre du baseball donc tu dois avoir une situation stable à côté pour consacrer du temps à ta passion.

Tes performances te permettent d’être sélectionné en équipe de France A.

Oui je suis un cas à part. Je ne suis pas passé par les sélections jeunes. Directement en A. C’était en 2007, l’année aussi où l’on dispute la finale de la Coupe d’Europe en Italie. J’ai disputé les championnats d’Europe.

Pourquoi, à ton avis, n’as tu pas été retenu en jeunes ?

J’étais à Dieppe chez les jeunes. A l’époque, les potentiels étaient moins vite repérés.

C’est à Rouen qu’on s’est montré. C’est grâce à Sylvain Virey, qui a fait un boulot énorme, qui nous a énormément apporté. Quand je parlais tout à l’heure de belles personnes, en voilà une de plus. Incroyable le nombre de bons joueurs qu’il a formé.

Par contre, pas de séjour en collège aux USA, pas de contrat pro. Une grosse frustration ?

Pas une frustration. Mais un regret. J’aurais aimé. Je suis arrivé trop tard dans les filières de haut-niveau. Tant pis, ce n’est pas grave. Ce n’est pas par ce que tu ne signes pas un contrat pro que tu n’es pas pro dans ta tête. Ce n’est aps simplement un contrat. C’est un état d’esprit.

Cette saison, on s’est fait pas mal critiquer. Ca tombe bien, on adore ça. On a entendu les critiques. Mais ca donne encore plus de plaisir à la fin quand on lève la coupe. On est jalousé, c’est une belle forme de reconnaissance. Tu es envié.

La saison 2018 s’est achevée par un 14ème titre. Pas la saison la plus simple pourtant ?

Cette année, il y a beaucoup de turn over dans l’effectif. Beaucoup plus que les saisons précédentes. Des Vénézuéliens ne parlant pas anglais, des jeunes qui montent et qui cherchent leur place.. C’est compliqué. Cela met du temps à créer un collectif. Il faut gagner, perdre ensemble. Mais on n’a jamais perdu de vue les objectifs du club : jouer tous ensemble et gagner des titres.

On s’est fait pas mal critiquer. Ca tombe bien, on adore ça. On a entendu les critiques. Mais ca donne encore plus de plaisir à la fin quand on lève la coupe. On est jalousé, c’est une belle forme de reconnaissance. Tu es envié.

Cette année, on a été très bons contre les équipes plus fortes. Comme en Coupe d’Europe où on a très bien joué. Certaines équipes nous prennent de haut et on a juste envie de les « défoncer » (rires). Mais le bilan est bon non ? Champion, demi finaliste de la Coupe d’Europe et vainqueur du Challenge …

Les moments clés de la saison selon toi ?

La Coupe d’Europe. Ca a été un moment important.24 heures sur 24 ensemble, un match de haut-niveau par jour…On était 100% baseball, sans famille, sans boulot. Concentrés.

Rouen peut-il décrocher un titre de champion d’Europe ?

Honnêtement, on n’est pas loin. Finaliste en 2007, 5 fois demi-finalistes… Dans la mentalité, l’envie, le travail, on est là. Mais après, la profondeur des effectifs, c’est dur ! Ils ont tous 5 lanceurs partants de très haut-niveau. Des pros, des gars qui ont joué la World baseball classic… Regarde les Hollandais ! Sur un match, on peut battre n’importe qui. Sur une semaine de compétition, c’est extrêmement dur. 5 matchs en 5 jours. Que des combats. Le banc des autres équipes, c’est très impressionnant. Ils te sortent des releveurs de folie. On ne joue pas dans la même cour. Après, on est proches. Il faut continuer à travailler.

Depuis 2001, quel est le joueur le plus fou avec lequel tu as joué ?

Il y en a deux. Le Québécois Joce Blais. Un ours ! Un bucheron ! Il a d’ailleurs signé ensuite aux Capitales de Québec. Il s’était fabriqué une batte énorme. Il lançait aussi.

Le deuxième est également Québécois. Le receveur Nicolas Matte en 2003. Il était cinglé (rires). Valait mieux l’avoir dans son équipe. Peu importait l’équipe et les joueurs en face, il voulait les démonter. Un sacré compétiteur. Acharné. C’était un exemple. On a eu beaucoup de joueurs étrangers au club, avec des profils et des caractères bien différents, amis la force du club a été de tirer le meilleur de chacun. Avec toujours du respect. 

Mais même entre Français, on n’était pas toujours d’accord. On s’engueulait si tu savais avec Flavien Peron, Thomas Mechemache, Simon Colboc.. Mais on avait les mêmes attentes et les mêmes objectifs.

Le joueur le plus fort avec lequel tu as joué ? C’est dur aussi ça ! Le plus fort sur le terrain, je pense à Aaron Hornostaj (ex AAA des Giants de San Francisco – 2010). C’était le plus complet

Si tu devais te souvenir que d’un seul match, ce serait lequel ?

Un seul ? Ouh, c’est chaud. Y’en a plein. Je vais dire le match 5 de la finale 2007. On est mené 7/2 dans ce match décisif face à Sénart. Et on va grignoter notre retard. Je me souviens de Nicolas Dubaut, un guerrier… On est encore mené 8/6 en 8me manche. La 8ème manche, je me souviens, c’était la notre. Elle nous avait si souvent favorable durant la saison. On savait sur le banc que c’était notre moment. Deux retraits et coureurs en 2 et 3. Boris (Marche) au bâton. Il frappe un simple ! 8/8. Et puis Flaco (Flavien Peron) qui cogne ensuite un double. On passe devant et on s’impose 9/8. C’était un sentiment incroyable.

Le match le plus fou ?

Il y en a eu quelques uns en Coupe d’Europe. Je me souviens spontanément du match contre Regensburg à Rotterdam en 2012. On était mené. Les Allemands étaient vraiment costauds. Et puis, il y a un début d’échauffourées entre le catcher et Ethan Paquette. Début de bousculades. Ethan est expulsé. Ca nous révolte, Krouk montre l’exemple (David Gauthier) et frappe un double derrière. On les bat finalement 4/2 et on va au Final Four à Rome.

Une finale en particulier ?

2011 c’était fort quand même de revenir ! On perd les deux premiers matchs à Montpellier. Et on renverse la table au retour en remportant les trois matchs. Je me souviens du match 4 notamment. Robin Roy et leur lanceur américain (Butch Ware) avaient été expulsés. Et dans le match 5, on s’impose 4/3. On retire notamment un coureur au marbre en fin de match. Quelle finale !

Le joueur le plus fort avec lequel tu as joué ?

C’est dur aussi ça ! Le plus fort sur le terrain, je pense à Aaron Hornostaj (ex AAA des Giants de San Francisco – 2010). C’était le plus complet. Après, pour leur impact sur le club, je pense aux Québécois Patrice Plante (2002) et Christian Chénard (2003-2004). C’est l’époque de nos premières perfs. Ils ont fait un boulot énorme au quotidien.

Ethan Paquette (2012) aussi, c’était très fort, un tueur. Il frappait comme un train ! Et puis il y Blake Denischuk (2005). C’est avec lui que je me suis le mieux entendu. Il est d’ailleurs venu à mon mariage.

Aaron Hornostaj. Christian Chenard et Patrice Plante.

Depuis tes débuts, qu’est ce qui a changé à Rouen ? Tout. Sauf la mentalité. Le terrain, la structures, le nombre de licenciés, les bénévoles… La progression a été constante dans tous les domaines grâce au travail des dirigeants, des bénévoles, de Keino Perez…

Tu as annoncé que 2019 serait ta dernière saison. Sûr ? Pourquoi ?

Ce sera ma dernière saison. Pourquoi ? Si je m’engage, je veux le faire dans les meilleures conditions possibles. C’est dur avec mon job, ma vie familiale et puis je vieillis. Au baseball, pour être bon, il faut s’entrainer. C’est dur physiquement et mentalement. Par respect pour l’équipe, pour moi-même car je détesterais ne plus être compétitif. Cela fait 30 ans, que je joue au baseball. Je suis un fou de baseball, je regarde les matchs MLB la nuit… le baseball compte tellement pour moi. Mais il faut savoir tourner la page.

Quelles seront tes ambitions en 2019 ?

Les mêmes que d’habitude (rires). Je n’ai plus même rendement, je sais. Cette année, ca a été ma moins bonne saison au bâton. En défense, l’expérience compte énormément. J’essaie d’aider l’équipe différemment. Je suis capitaine. Je conseille, j’encourage. J’ai autre chose à donner.

Comment vois-tu d’ailleurs la nouvelle génération qui arrive ?

Ils ont commencé jeunes, ca fait un paquet de temps qu’ils jouent. Louis (Brainville), Luc (Viger), Gabriel (Harrison), Auguste (Gern), Joseph (Toubeaux) et d’autres, ont beaucoup de talents. Je suis allé voir aussi les 15U jouer. Je ne suis pas inquiet pour l’avenir de l’équipe. On n’a rien à craindre. Ils sont dans une bonne dynamique, bien encadrés, dans un bon club. Ca bosse dur à tous les étages pour leur permettre de jouer au plus haut-niveau possible.

Depuis tes débuts, qu’est ce qui a changé à Rouen ?

Tout. Sauf la mentalité. Le terrain, la structures, le nombre de licenciés, les bénévoles… La progression a été constante dans tous les domaines grâce au travail des dirigeants, des bénévoles, de Keino Perez…

Le club a 14 titres. Paris détient le record avec 22. Un objectif réaliste ?

J’espère. Les records, ca reste. On discute avec les jeunes. Ce sera à eux d’aller le chercher. Tu n’y penses pas quand tu commences. Tu joues match après match. A un moment, tu regardes dans le rétroviseur et tu te dis « merde, c’est pas mal (rires) ! Il faudra gagner chaque match, chaque saison et les records vont continuer à tomber tout seuls.

Dernière saison comme joueur. Et ensuite ? Quel rôle aimerais tu jouer au club ?

Pas encore mené de réflexion là dessus. Je prends les choses les unes après les autres. On verra. J’en discute parfois avec Keino (Perez, le manager). Quand on sera champion 2019, il sera temps alors d’y penser.

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