1986: les pionniers du baseball à Rouen racontent

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Mars 1986. La France se passionne pour les élections législatives qui approchent. La France et François Mitterrand s’apprêtent à découvrir la première cohabitation de la Vème République. A la bibliothèque universitaire sur le campus de Mont-Saint-Aignan, des étudiants en Droit et en Sciences-économie se font régulièrement rappeler à l’ordre. Conversations trop bruyantes. Pas de politique pourtant au cœur de leurs échanges animées. Les débats enflammés portent sur tout autre chose: quel nom donner aux futurs joueurs de baseball du club de Rouen que ces jeunes veulent créer. « C’est vraiment le premier souvenir qui me vient à l’esprit quand je pense au début du club, confie Pierre-Yves Rolland. « C’est vrai qu’on a eu de sacrés fous rires, ajoute Charles do Marcolino. Un paquet de fous rires. On s’est fait mettre dehors plus d’une fois« . « C’est vrai, complète Marcel Brihiez. Je me souviens qu’après quelques parties de rigolade, de réunions à la BU et de quelques propositions assez improbables, notre choix s’est finalement arrêté sur « les Huskies »« . Parmi les noms improbables ? Les écureuils volants, les marmottes, les Vikings… mais aussi quelques noms de prestigieux clubs de la MLB. Ce sera finalement donc Huskies. « Je me souviens qu’on avait sorti les encyclopédies de la bibliothèque et on cherchait. On est tombé un peu par hasard sur Huskies. Fallait-il un nom américain ou français ? On n’était pas d’accord. Huskies a fait l’unanimité. Beau, résistant, courageux… On se disait que cela donnerait une belle image« . Va pour Huskies.\r\n\r\n

nsd,

En 1886, 19 ans, étudiant en Sciences éco à Mont-Saint-Aignan. Aujourd’hui: 49 ans, chef d’entreprise, investisseur exploitant (4 sociétés en franchise, 32 salariés) et consultant management

\r\n\r\nMais pourquoi avoir créé un club de baseball à Rouen ? « En fait, tout a commencé avec Olivier (Audy) et moi, explique Xavier Rolland. J’avais fait du foot, du hand, du tennis… J’avais envie d’autre chose. En plus, je venais de voir au cinéma le film Le Meilleur avec Robert Redford… Et enfin, on a eu à la maison une jeune américaine, Kerry, pendant un an. Ca a créé un climat favorable. Là-dessus, on apprend qu’un club vient de se créer à Bois-Guillaume. On est allé avec Olivier faire deux, trois entraînements. Des copains voulaient venir mais les Woodschuks ne souhaitaient pas accueillir plus de monde. Alors on s’est dit, pourquoi ne pas créer notre club à Rouen ? » C’est ainsi que l’idée a pris corps. Six copains se sont donc lancés dans l’aventure. Tous âgés entre 18 et 20 ans. Ils s’appellent Charles do Marcolino, Marcel Brihiez, Olivier Audy, Pierre-Yves et Xavier Rolland. Bientôt rejoints par Marc Bourguignon, le plus expérimenté car le seul à connaître un peu ce sport.  » J’avais appris les rudiments du baseball en summer camp au canada, à Ottawa à 15 ans et l’énergie de Xavier et de Pierre Yves était communicative. » Une connaissance qui fera que Marc sera naturellement désigné premier lanceur du club. « On ne savait pas dans quoi on s’engageait, reconnaît Marcel. Composition de bureau, statuts, déclaration au Journal officiel… Mais c’était très intéressant…  » et très prenant. On les a moins vu en amphi à cette période, ils le reconnaissent.\r\n\r\nLe club a été baptisé, les statuts rédigés… « On les a écrits au premier étage de la brasserie alsacienne face au Palais de justice, raconte Marcel. On a fait quelque soirées avec l’équipe là-bas aussi« . Marius le patron, et son incomparable moustache à la Dali, a souvent dû monter pour demander aux turbulents baseballeurs de baisser le volume…\r\n\r\n
Marcel

En 1986, 20 ans, étudiant en Sciences éco à Mont-Saint-Aignan. Aujourd’hui: 50 ans, pilote d’avion à Moscou.

\r\n\r\nReste à pratiquer la discipline, lancer, frapper… Et d’abord acheter des balles et des battes. Un aller-retour à Paris est organisé. Marcel Brihiez toujours. « On est allés aux Halles, pour acheter des battes de baseball et du matériel. Là, je me souviens de l’air plutôt étonné des flics qu’on avait croisé à la sortie des Halles et qui nous suspectaient d’être des zozos en ballade plutôt que de grands sportifs qui investissaient pour leur club !!!« . Premiers lancers sur des terrains improbables sur le campus. Il faut trouver un peu d’argent. Un autocollant est créé par Olivier Audy. Son auteur nous explique sa réflexion. « Il était évident qu’en s’appelant les Huskies, le logo devait représenter ce chien. Je n’avais pas de références dans le baseball à l’époque, du coup la position d’attente du batteur n’est pas tout à fait académique et le chien manque peut être un peu de mordant et de muscles. Il a un quelque chose de Dingo et ne risque pas d’impressionner nos adversaires. Mais il était représentatif de l’équipe au début. Et quand je vois le dernier logo, je me dis que la mascotte a évolué comme le club. Maigre au début et musclé aujourd’hui… »\r\n »On les a très bien vendus, se félicite Pierre-Yves. On en vendait partout. On prenait des auto-stoppeurs et ont réussissait à leur vendre 10 francs. » Avec déjà une belle cagnotte. Avec Marcel et sa célèbre 4L, les jeunes dirigeants sillonnent la ville. Tampon, première affiche, matériels… Affiliation à la fédération française de Baseball… Le recrutement se fait et les troupes enflent. Laurent Destrumelle, François Riembault, François Borel, Dominique Bougon, Hervé Dez, Vincent Le Cam, Guillaume Masclet… Un nom, des joueurs, il faut un terrain. L’équipe s’entraîne sur l’Ile Lacroix, derrière la patinoire. Un match est même organisé contre Bois-Guillaume. « Nous connaissions à peine les règles, reconnaît Olivier Audy. On n’avait pas de back stop évidemment. L’un de nous a eu une idée géniale. On a planté deux balais et on a tressé avec de la laine un filet très tendu. Magnifique ! Des heures de boulot mais c’était prêt pour le samedi et le match. Problème, le premier lancer a tout déchiré… » Chaque entraînement et prolonge au café situé à l’entrée de l’Ile qui s’habitue à voir des sportifs drôlement équipés.\r\n\r\nbandeau-historiqueMais le terrain est petit, même pour des baseballeurs débutants et les balles terminent régulièrement dans la Seine. Il faut trouver un autre terrain de jeu. Plusieurs options sont étudiées. Mont-Saint-Aignan du côté du golf ? Le champ de courses des Bruyères ? Un rendez-vous est pris à la mairie de Rouen. Avec des interlocuteurs peu enthousiastes le premier jour. Malgré tout, devant l’insistance de ces étudiants, une proposition est faite. Pierre-Yves Rolland n’a pas oublié.  » La Ville de Rouen nous a proposé un terrain après quelques mois de galère. Nous nous sommes rendus sur un terrain que la Ville de Rouen nommait « la Planète » au Stade Saint-Exupéry et dont nous sommes tout de suite tombés amoureux. C’était un terrain vague, qui paraissait oublié de tous. Un des techniciens de la ville nous a alors demandé où il fallait mettre les buts. Nous partons de très loin…« \r\n\r\nLes Huskies s’installent, traces les lignes. Et organise un match amical, face à Caen, le grand club Normand de l’époque, avec un lanceur de l’équipe de France. Les joueurs, dans la semaine, inondent les rues du centre-ville d’affiches pour annoncer le premier match de baseball dans l’Histoire de Rouen. Affiches, seau, colle et la nuit se termine à chaque fois au pub situé sous le Gros-Horloge, le Big Ben. Les discussions tournent autour du club. Autour des projets. « C’était une ambiance extraordinaire, tout était à inventer. Un grand bricolage permanent, se marre Marc Bourguignon.\r\n\r\n
FR3

Premier match de baseball à Rouen. FR3 est là pour interviewer Xavier Rolland et immortaliser ce moment sur la pellicule.

\r\n\r\nArrive le match. Les joueurs posent eux-mêmes les barrières, les banderoles des premiers sponsors (FreeTime, Crac’hot..). 700, 800 personnes sont autour du terrain. FR3 Normandie envoie son journaliste sportif Richard L’Hôte réaliser un reportage. Les joueurs n’en reviennent pas. « Premier grand souvenir, se rappelle Marc Bourguignon. Notre premier match amical contre l’équipe de Caen et son leader Danny White (Daniel Blanc) au cours duquel nous avons douloureusement appris l’existence du vol de base« .\r\n\r\n
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Premier match officiel de baseball à St Exupéry. Face à Caen. De gauche droite, Jean Michel Feutray, Vincent LeCam, Xavier Rolland, Marc Bourguignon, Eric Talvas, Dominque Bougon. 1er rang: François Riembault, François Borel, Hervé Dez, Laurent Destrumelle, Alain Rameau.

\r\n\r\nRouen enchaîne premières rencontres puis s’inscrit en championnat régional d’Ile de France. Marc Bourguignon a encore toutes les images en tête. « On débute notre premier match officiel en championnat régional contre Montmorency. Je n’ai pas oublié notre arrivée en bus qui a beaucoup impressionnée nos adversaires, je me suis d’ailleurs toujours dit qu’on avait déjà gagné en sortant du bus (spéciale dédicace pour Xavier qui avait tout organisé comme un chef). Le premier passage à la batte pour le premier frappeur que j’étais. Une petite frappe ridicule, une défense fébrile de l’adversaire, la course de ma vie pour atteindre la première première base du championnat, qu’elle était longue cette ligne droite et …. Sauf« .\r\n\r\nOlivier Audy lui se souvient être allé voir la Coupe d’Europe à Paris. « Le PUC jouait à la Cipale à l’époque. Sur nos premiers blousons était inscrit « Rouen baseball club – Championnat de France » malgré que nous jouions en régionale. Ce qui nous avait valu quelques sarcasmes et moqueries de la part de quelques joueurs du PUC. « Ah bon! Rouen joue en championnat National ?… » Nous devions rencontrer le même PUC deux ans plus tard. Cela montre que nos blousons étaient prémonitoires ou plutôt que nous les avions réalisés à la hauteur de nos ambitions ».\r\n\r\n
Marc

En 1986, 20 ans, étudiant en Droit à Mont-Saint-Aignan. Aujourd’hui: 50 ans, avocat à Paris.

\r\n\r\nLe club écrit les premières paf de son Histoire. « On était un groupe de copains ; on se voyait tous les jours, on jouait ensemble, on mangeait ensemble, on sortait ensemble. C’était vraiment une belle époque. Ce qui est chouette c’est que les générations qui nous ont succédé aient réussi à créer la même chose…« \r\n\r\n30 ans plus tard, les rires fusent toujours aussi facilement à l’évocation de cette année 1986. Pour tous ces pionniers du baseball rouennais, cette époque a pesé dans leur vie. Pierre-Yves Rolland. « J’ai souvent pensé que la création du Club m’avait apporté la confiance qui me manquait au démarrage de ma vie professionnelle. Par ailleurs, le Club m’a apporté de belles amitiés, que ce soit hier en tant que joueur ou aujourd’hui en tant que dirigeant. » Charles do Marcolino. « Cela a beaucoup compté, à commencer par les entretiens d’entrée en école de commerce, de recrutement, etc, etc… Mais surtout, car c’est devenu une partie de mon métier, j’ai appris cette valeur: « se nourrir d’un collectif fort pour conforter un spirit , et en retour nourrir le groupe par son énergie ». Et ça continue de compter car ça fait partie d’une éducation ».\r\n\r\n
olivier

En 1986, 23 ans, étudiant en architecture à Rouen. Aujourd’hui: 53 ans, architecte.

\r\n\r\nEt quel regard portent-il sur l’évolution du club ? Marcel Brihiez qui passe la moitié de son temps à Moscou, a toujours continué à suivre l’actualité des Huskies. « Je vois bien que l’état d’esprit du début est encore présent, grâce à l’action des Rolland à travers ces années, père et fils, et avec en plus des résultats sportifs incroyables. Je ne suis pas certain qu’on aurait cru à une telle histoire, en 1986, lorsqu’on a signé les premiers statuts du « Rouen Baseball Club des Huskies » !!!« . Pareil pour Marc Bourguignon, installé à Paris. « J’ai toujours suivi l’actualité du club. J’ai emmené plusieurs fois mes filles quand le club jouait contre le PUC. J’avais par contre renoncé à venir voir les finales à Rouen car pendant 2 ou 3 ans, j’assistais à un des seuls matchs que l’équipe perdait dans la saison. Heureusement, cela n’a pas été le cas cette année. Je suis très impressionné par la constance des résultats du club. Quand on connait le budget de fonctionnement, le rendement est juste extraordinaire« . Marc, avocat aujourd’hui, reste toujours disponible pour défendre les intérêts du club.\r\n\r\n
pierre-yves

En 1986, 21 ans, étudiant en Sciences éco à Mont-Saint-Aignan. Aujourd’hui: 51 ans, cadre dans un organisme d’HLM. Aujourd’hui trésorier du club.

\r\n\r\nCharles do Marcolino insiste pour ajouter un hommage. « Je souhaite, si vous me citez, préciser un souvenir très présent de cette époque. Merci de souligner de ma part l’investissement familial extra de la famille Rolland, qui a souvent donné sa maison, ses voitures, son temps, ses fils et ses parents ! Bravo pour cette fraternité, c’est du baume pour le coeur« . Olivier Audy n’est plus au club mais suit tout cela avec assiduité. « Je suis impressionné par le niveau du club et son importance aujourd’hui. Quand nous avons commencé, il a fallu commencer à zéro. Nous n’avions aucune référence de baseball et nous n’avions jamais vu de match. Cela fait étrange d’avoir fait parti d’une équipe qui compte maintenant dans l’histoire du baseball hexagonal et européen. Mais en même temps, je ne suis pas surpris. Puisque dès la première année notre ambition était d’atteindre ce niveau. Il ne pouvait en être autrement. Aujourd’hui encore, je sais que chacun dans le club est persuadé que Rouen remportera un jour la coupe d’Europe…« \r\n\r\nPierre-Yves Rolland, lui, est toujours dirigeant du club, et il reconnaît savourer le parcours de ses Huskies.  » Je suis forcément très fier du niveau qu’ils ont atteint, du palmarès qu’ils nous ont apporté, notamment les jeunes issus de la formation régionale : Boris, Luc, Kenji, Giovanni, Joris, David, … Très fier également de la simplicité que le groupe a toujours su garder quelles que soient les générations. Ces joueurs sont 100% amateurs mais se comportent toujours comme de vrais professionnels. C’est sans doute cela la clé de la réussite du Club ; une exigence de tous les instants, à tous les niveaux .. Tellement a été fait mais tellement reste aussi à faire que je veux bien vous donner rendez-vous dans 30 ans« .\r\n\r\n
xavier

En 1986, 20 ans, étudiant en Droit à Mont-Saint-Aignan. Aujourd’hui: 50 ans, Rédacteur en chef France 3 Pays de la Loire à Nantes.Aujourd’hui Président du club.