Entretien avec Didier Séminet, Président FFBS

| Publié par | Catégories : Baseball, Clubs, Fédé et Ligue

Comment se porte le baseball français ? 

Il se porte plutôt bien si on regarde les chiffres et que nous les comparons avec nos voisins européens. Nous pouvons être fiers d’être quasiment la seule Fédération à croître son nombre de pratiquants en Europe. Nous devrions franchir la barre des 13500 cette année, soit une progression de près de 5000 membres en 9 ans. Bravo à tous les acteurs. L’autre indice de satisfaction qui devra être confirmé est d’ordre financier. Nous devrions enfin sortir de la « fameuse » dette fédérale ! Tout cela n’est arrivé qu’avec une gestion rigoureuse et dynamique de notre trésorerie. Nous serons passés d’un budget de 900 k€ avec un accompagnement de l’Etat à 550 k€ en 2010 à un budget d’1.5 M€ avec un accompagnement de l’Etat à 425 k€ en 2018.

Notre fédération reste toutefois une petite fédération. Comment augmenter son nombre de licenciés ?

Le problème est multiple. Il nous faut des terrains pour nous développer et avoir 1.5 hectare de mobilisés pour nos disciplines « refroidit » pas mal nos élus locaux. Il nous faut des bénévoles pour gérer les clubs dans une société qui se veut de moins en moins solidaire avec des soucis du quotidien de plus en plus présents, cela n’aide pas non plus. Il nous faut de la visibilité hors communauté et il est difficile de se montrer au plus grand nombre et d’exister dans un paysage sportif extrêmement concurrentiel. Les solutions passent par une formation des cadres de nos clubs, ce qui permet de mieux fidéliser nos licenciés car perdre moins de licenciés, c’est en gagner ! L’une des possibilités d’ouverture est d’offrir des pratiques innovantes comme le Baseball5 qui nous permettent de nous affranchir des soucis matériels, terrains, équipements…La structuration de la pratique dans les territoires ultra marins représente aussi une clé dans notre développement. La création de la Ligue des Antilles et de la Guyane Française est un bon signe aussi bien sur la quantité des licenciés potentiels que sur la qualité technique. Ces territoires sont plus près géographiquement de la culture baseball softball que la métropole.

Quelle est l’image du baseball français au Ministère ?  

Je la crois bonne quand nous voyons que nos appels à projets ont été suivis financièrement par le Ministère. Ils ont même doublé, passant de 40 k€ à 80 k€ par an sur les trois prochaines années. Ensuite, vous n’êtes pas sans savoir que la nouvelle Ministre vient d’être nommée (je la rencontre le 12 novembre) et que le modèle du Sport français va être totalement revu. Il sera composé d’une partie « haut niveau » qui veillera à donner les moyens de la performance et une partie « développement » qui permettra un meilleur accompagnement des fédérations sur cette partie très importante pour notre Fédération.

LE BASEBALL 5 ! C’EST LA DISCIPLINE, MAINTENANT CODIFIÉ, QUI NOUS MANQUAIT POUR ALLER DANS LES ÉCOLES, LES INSTITUTS MÉDICAUX, LES QUARTIERS ET MÊME LE MILIEU CARCÉRAL. CETTE DISCIPLINE PEUT ÊTRE LE TREMPLIN VERS LE SUCCÈS DE NOTRE FÉDÉRATION

Le CREPS de Montpellier vient d’inaugurer le premier terrain de Baseball 5. Quelle est cette discipline ? Vous croyez en son potentiel ? 

Non seulement j’y crois mais j’en suis certain. Cette discipline est née dans les pays du baseball, dans la rue. J’ai trouvé cette discipline sur YouTube en tapant « street baseball cuba », j’ai montré cette vidéo au Président FRACCARI de la WBSC, il a mis ça de côté mais j’ai vu tout de suite sont intérêt. Il nous faut être créatif et comprendre les problématiques évoquées ci-dessus, terrain, équipement… Lors de l’inauguration de la discipline à la Havane, j’ai été bluffé par la rapidité du jeu et les aptitudes physiques requises. 5 manches en 15 minutes ! C’est la discipline, maintenant codifiée, qui nous manquait pour aller dans les écoles, les instituts médicaux, les quartiers et même le milieu carcéral. Cette discipline peut être le tremplin vers le succès de notre Fédération, tant sur le nombre de licenciés que sur la qualité du jeu que la France proposera. La Fédération Française est précurseur de cette discipline, j’espère que nous serons dans les premiers mondiaux. Des championnats vont être organisés, en France, en Europe et dans le Monde. Nos clubs doivent être prêts et les Ligues s’y préparent déjà dans notre Institut National de Formation à Montpellier [une première formation a été organisée les 20 et 21 octobre au CREPS de Montpellier]. Plus nous aurons des licenciés dans nos clubs et plus ces licenciés pourront découvrir nos pratiques plus « traditionnelles ». Je souhaiterais tellement que les clubs voient le potentiel de cette discipline comme je le perçois, personnellement. Pour le terrain du CREPS de Montpellier, le budget est moins de 10 000 €, c’est une autre bonne raison d’y croire.

Tout le monde pense aux JO de Paris. Le baseball et le softball y seront-ils ? 

Pour ne rien cacher et sans pouvoir tout divulguer… Paris 2024 a montré son intérêt, le principal souci est le nombre d’athlètes requis. Le Comité International Olympique est assez strict sur ce sujet. A Tokyo, le nombre d’athlètes devrait être d’environ 11000, sports additionnels compris et la « jauge » du CIO est de 10500. L’annonce simultanée de Paris et du CIO de respecter cette « jauge » de 10 500 athlètes, sports additionnels compris en 2024 n’est pas une bonne nouvelle pour nos disciplines qui représentent 252 athlètes au programme des Jeux de Tokyo 2020. Je sais que Riccardo Fraccari (Président de la WBSC) œuvre à réduire le nombres d’athlètes et qu’il doit rencontrer le CIO à ce sujet. J’échange régulièrement avec le Président FRACCARI, je passe très souvent pour un farfelu, surtout quand je propose un Baseball/Softball Olympique à 5 manches avec Home Run Derby en cas d’égalité. Cela ferait passer le nombre à moins de 200… Il faut regarder le Rugby Olympique qui se joue à 7 et le Basket à 3. Le Baseball 5 est aussi une option…

Didier Seminet avec la maire de Paris, Anne Hidalgo, et Tony Estanguet, le président du Comité d’organisation de Paris 2024. »«La construction des installations olympiques ne coûterait rien à Paris 2024»

Que faire pour soutenir la candidature du baseball et du softball ? 

Rien de plus que ce qui est déjà fait, promouvoir nos disciplines localement, accueillir nos licenciés dans de bonnes conditions, faire de l’évènementiel. Nos clubs le font déjà avec leurs moyens. Nous ne pourrons pas révolutionner nos disciplines en si peu de temps. Nous nous sommes fait connaître et reconnaître par le Mouvement Sportif Français. Ils savent que nous sommes là et que nous serons prêts en cas de décision positive.

Quand la décision sera-t-elle prise ? 

Le CIO a dévoilé le calendrier cet été, c’est un processus en deux phases. Une première qui doit voir Paris 2024 contacter les Fédérations Internationales des sports qui intéresse le comité d’organisation et proposer une liste au CIO lors du deuxième trimestre 2019. Une deuxième débutant l’été 2019 visant à étudier la liste et à prendre une décision fin 2020 après la tenue des Jeux de Tokyo 2020.

Quels sont nos atouts ? 

L’héritage ! Sans aucune contestation. Je crois objectivement que nous sommes la seule discipline qui présente un projet d’héritage matériel et immatériel des Jeux Olympiques. Nous aurions là l’occasion de construire notre Centre National et d’y célébrer le centenaire de la Fédération, de démontrer l’attractivité et la popularité du baseball/softball en France – et notamment dans les territoires ultra-marins tout en dotant une fédération dynamique d’un excellent outil de développement.

Et ceux des autres sports ?  

Chaque sport a des forces et des faiblesses. Je dirais que la plupart des autres disciplines disposent d’un avantage sur le plan du nombre de médailles qu’elles pourraient apporter à la France.

 Si oui, où se dérouleront les compétitions ? 

Nous avons plusieurs projets en cours, un à Val d’Europe agglomération et un à Grand Paris Sud Seine-Essonne-Sénart.

L’IBAF a annoncé qu’elle financerait le stade olympique de baseball à Paris ? 

L’IBAF, n’est plus, c’est la WBSC qui est notre Fédération Internationale désormais (et qui regroupe baseball et softball). Je confirme que le Président Fraccari a annoncé lors de la convention SPORT ACCORD en Thaïlande en avril dernier que la construction des installations olympiques ne coûterait rien à Paris 2024.

Vous venez d’évoquer ce projet de centre fédéral. De quoi s’agit il ?

La Fédération aura 100 ans en 2024 et ce projet de Centre National est un besoin pour nos disciplines, c’est pour cela que nous l’avons placé au cœur de notre Projet Fédéral Ambition 2024. Il se compose de deux terrains de baseball, deux terrains de softball et de cages de frappe et d’un champ intérieur couvert. Il serait le nouveau siège social de la Fédération et permettrait d’accueillir de grands événements nationaux et internationaux (Championnats d’Europe, du Monde, matchs MLB). Le projet est estimé à 13 M€ et nous collaborons avec la Major League Baseball sur le plan technique.

LES HUSKIES SUCCÈDENT DANS L’HISTOIRE AU GRAND PUC. ILS RÉCOLTENT LE FRUIT D’UN INVESTISSEMENT HUMAIN ET FINANCIER ENGAGÉ IL Y A DES ANNÉES DÉJÀ. JE SAIS QU’IL N’EST PAS FACILE DE GAGNER ET ENCORE PLUS DIFFICILE DE DURER.

Un mot sur Rouen. Que pensez-vous des Huskies ? 

Bravo pour ce 14ème titre de Champion de France de Baseball et un 9ème Challenge de France de Baseball ! Les Huskies sont la nouvelle dynastie du Baseball français, ils succèdent dans l’histoire au Grand PUC. Ils récoltent le fruit d’un investissement humain et financier engagé il y a des années déjà. Je sais qu’il n’est pas facile de gagner et encore plus difficile de durer.

Pas lassé de voir Rouen gagner encore ? 

Personnellement, non. Je vous avoue que c’est assez redondant mais c’est toujours un plaisir que de remettre les médailles à des piliers du baseball français, Max, Owen, David, Kenji, Luc… Ce sont aussi les joueurs de la Fédération Française, ils appartiennent à tout le monde quand ils sont en Bleu. Si les Huskies peuvent faire gagner la France, alors je ne me lasserais pas de les voir gagner.

Didier Seminet remettant un trophée à Keino Perez et aux Huskies. Une habitude…

Certains pensent que pour l’intérêt du baseball français, Rouen devrait perdre… 

Ce sont surtout les autres qui devraient gagner. J’ai essayé de le faire il y a quelques années (Didier Seminet était le manager de Sénart lors des finales 2007 et 2008 NDLR) , Montigny-le-Bretonneux a essayé cette année, Sénart, Montpellier s’y attellent tous les ans, les autres vont y venir. Je suis certain que l’amélioration de la Fédération passe par un challenge de plus en plus important entre les clubs. Et puis, la compétition, ce n’est pas seulement sur le terrain, c’est dans les infrastructures, les dirigeants, les plans de développement. Rouen est un leader et tant mieux si les Huskies permettent aux clubs de vouloir être meilleurs. Attention tout de même, je vois la filière jeunes de certains clubs s’étoffer, Montpellier et Sénart travaillent dur sur les jeunes. Je rajoute Metz qui arrive en Division 1 en 2019 et a gagné le Championnat de France de Baseball 12U 2018. C’est bon pour l’avenir.

UN CHAMPIONNAT D’EUROPE DES NATIONS DE BASEBALL FEMININ A ROUEN EN 2019 ? OUI? JE CONFIRME

Vous êtes président de la CEB. Quelle image à Rouen au niveau européen ? 

L’image du Club de Rouen est bonne grâce à sa régularité de résultats sur la scène européenne. Il y a tellement de choses à faire que nous ne parlons pas trop des clubs des nations. Nous sommes sur la structuration du continent.Je sais que le travail engagé autour de nouveaux évènements européens serviront le continent en entier. Ce poste de Président est un poste très politique où le sport, malheureusement, passe quelquefois au second plan. Combiner les 2 fédérations Softball et Baseball prend du temps, c’est essentiel de rassembler nos forces. Créer le Super 6 est un exemple du travail en commun réalisé par la WBSC Europe. Il faut travailler, rencontrer, discuter et trouver des compromis en permanence pour ne pas nuire à certains. Ce que je peux dire, c’est que je pense avoir bien travaillé en faveur de la fusion des deux Fédérations et à avoir réussi à mettre les italiens et les néerlandais autour de la table pour la WBSC Europe et la lancement du Super 6. C’est un gage de confiance qu’ils nous font. La nouvelle formule du championnat d’Europe avec des ¼ de finales devrait nous ravir. N’oublions pas que les 5 premiers du prochain Championnat d’Europe participeront, avec le 1er du continent Africain, au Tournoi Qualificatif Olympique et le vainqueur de ce tournoi ira à Tokyo 2020.

La saison prochaine, Rouen pourrait accueillir les premiers championnats d’Europe de baseball féminin. Une première. Vous confirmez ?  

Oui, je confirme. Une condition tout de même fixée par le Comité Exécutif de la CEB, c’est que ce projet attire 4 équipes nationales. Les néerlandais ont dit oui, les italiens et les tchèques sont très intéressés. Nous venons de lancer l’invitation à l’ensemble des Fédérations Nationales et j’espère que le projet verra le jour. Même si les pratiquantes sont peu nombreuses, on ne peut pas faire comme si cette discipline n’existait pas. Être les premiers, c’est ce que je veux pour notre Fédération. Les premiers en Baseball 5, les premiers en Baseball Féminin, les premiers à être sport additionnel à Paris en 2024, les premiers en Baseball masculin, les premiers en Softball féminin (je n’oublie pas le softball masculin qui devrait avoir une équipe de France en 2020) et les premiers en nombre de licencié(e)s.

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