A la poursuite des Huskies

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La fin de la saison 2015 a été marquée par une mauvaise nouvelle, celle du retrait de Beaucaire. Alors qu’on pouvait penser que cette équipe avait réussi à s’installer en D1, que son projet et sa structure était solide, elle a, comme tant d’autres avant elle (on évitera de faire l’appel aux morts, il est trop affligeant), explosé au rude contact de la réalité du haut niveau. C’est le signe incontestable de la fragilité endémique du baseball français. C’est aussi l’occasion de rendre un hommage appuyé aux clubs qui parviennent à y demeurer, tant l’exercice semble compliqué.\r\nAinsi va la vie du sport, puisque ce départ une fois digéré, on arrive enfin à la sortie de l’hiver, aux jours qui rallongent, et au championnat de France qui reprend enfin.\r\n\r\nLa saison est plus courte, on joue pendant le mois d’août, ce qui a toujours semblé presqu’impossible, mais elle est curieusement bâtie, avec ces quinze jours de trêve fin juillet, au plus fort de la bagarre, quand il fait beau, que les joueurs sont en forme, et que tout reste à faire. Le All Star Game est une très bonne idée, mais en finira-t-on avec ces play-offs à 6 qui enlèvent tout intérêt à la saison régulière ? Au moins cinq équipes savent, avant même que la première balle ne soit lancée, qu’elles seront ses séries finales : Rouen, Montpellier, Sénart, Toulouse et Chartres. Il restera une place à se disputer à trois, entre Savigny, PUC et Clermont. 28 matches pour lever une seule interrogation, on a connu scénario plus emballant. Ainsi va le baseball français, qui progresse, qui avance, mais qui semble encore immature par certains aspects, hésitant à se lancer vraiment dans l’affirmation d’un haut niveau digne de ce nom.\r\n

Le virage rouennais

\r\nMais revenons un an en arrière. Les Huskies léchaient leurs plaies. Ils avaient pris dans les mois précédents un uppercut, délivré par les montpelliérains au challenge France, puis un direct, frappé par les pucistes en ½ finale. La meute filait doux, son regard bleu acier ne faisait plus peur à personne, ses aboiements n’étaient que des jappements. Sonnés, les chiens de traineau n’allaient pas sombrer dans le psychodrame et dans le règlement de compte. Ils se sont tout simplement remis au travail, ont tout balayé sur leur passage, ont signé un nouveau doublé et ont remis tout le monde en rang, derrière eux, sans qu’aucune autre tête ne dépasse. Ce fut un travail bien fait, propre, solide, professionnel. Les Huskies ont peut-être du coup mis la première pierre à une série de neuf nouveaux titres consécutifs, on ne le sait pas, et on vous donne rendez-vous en 2023 pour le savoir. Mais on sent surtout que la maison rouennaise est en train d’entamer un nouveau virage. Il se caractérise par le glissement générationnel en train de s’opérer, dont l’expression la plus emblématique est à la retraite de Boris Marche (auquel s’ajoute celui de David Gauthier), après plus de quinze ans sous le maillot rayé. Rouen a toujours su se relever du départ de ses joueurs cadres et emblématiques. Les Huskies sauront donc affronter ce nouveau défi, car Keino Perez n’a jamais cessé de donner du temps de jeu à ses jeunes pousses pour les préparer à devenir, à leur tour, les patrons de demain. On pense à Gleeson derrière le marbre, à Dagneau qui a été l’un des artisans du dernier titre, de Vaugelade, appelé à lancer dans des situations très chaudes en play-offs, et à tous les plus jeunes « chiots » qui ont eux aussi envie de traîner ce traineau rempli de trophées.\r\n\r\nLe virage rouennais, il est aussi celui des ambitions. On ne va pas dire que les Huskies ont fait le tour de la question en France, ils sont toujours aussi heureux d’être les maîtres chez eux, mais ils veulent vraiment, intensément, rayonner en Europe. Ils ont flirté avec l’European Baseball League, mais ont finalement décidé d’attendre un peu, car à Rouen l’ambition n’est jamais dénuée de raison. Mais on sait qu’ils y viendront un jour, parce que c’est dans leurs gènes. Ils se consoleront de ce rendez-vous repoussé avec l’objectif de gagner la coupe CEB chez eux, pour un coup de billard à trois bandes qu’ils ont déjà réalisé par le passé : remporter un tournoi de qualification, être champion de France, et jouer l’année suivante avec les cadors du continent. Cela a donné quelques belles aventures, en 2007, 2009 et 2012 notamment. Les Huskies veulent aussi, à cette occasion, conforter le formidable succès public que fut la dernière finale. C’est là encore une nouvelle dimension, populaire et médiatique, qu’ils veulent continuer à défricher.\r\n\r\nPour y parvenir, Rouen est allé comme d’habitude pêcher du très gros poisson international. Medeiros et Taylor (on n’oublie pas Infante, formidable guerrier, de retour cette année), on tout pour marquer l’histoire du club, comme ont pu le faire les Therrien, Denischuk, Hornostaj et autres Paquette par le passé. On en oublierait presque que Jeffrey MacKenzie ne reviendra pas. Pouvoir surmonter une telle perte marque l’évidente profondeur de l’organisation rouennaise. Au monticule, Mister Perfect, Owen Ozanich, sera le leader d’un groupe rajeunit, mais qui pourra lancer en toute confiance, d’une part parce qu’il talentueux, de l’autre parce que derrière lui, la défense est la meilleure de France et enfin parce que Rouen devrait marquer beaucoup de points cette saison. « On veut tout gagner », répète chaque année, sans se lasser – et on le comprend – le président Xavier Rolland. La mission devrait pour s’accomplir pour Rouen.\r\n

Sénart veut rebondir

\r\nsénart\r\n\r\n« Pas si vite », entend-on répondre du côté de la banlieue parisienne. Les Templiers de Sénart sortent d’un des plus terribles fiascos de l’histoire du baseball français. Ils ont tout perdu, échouant même en demi-finale du championnat de France après avoir gagné le premier match, et ont laissé replonger la France au 2ème étage des coupes d’Europe. Même les Huskies de 2014, qui n’étaient pas beaucoup plus brillants, avaient au moins fait leurs devoirs européens. Sénart a décidé de tourner le dos à la filière latine, qui lui a valu certes ses triomphes, mais lui a aussi coûté quelques désillusions, à l’image du départ inopiné de José Valentin en cours de saison dernière. Les sénartais ont préféré se tourner vers la filière américaine, avec deux très gros lanceurs et un frappeur de bombes. On sent que les sénartais veulent rebondir le plus haut possible, avec sans doute en ambition première de remporter le challenge de France devant leurs supporters, puis d’aller faire chuter leur pire cauchemar, Rouen, en finale. Personne ne peut remettre en question la somme de talents qui compose l’équipe du président Brelle. La naturalisation d’Ernesto Martinez lui donne même une arme supplémentaire. Mais on ne peut s’empêcher aussi de constater que les sénartais vieillissent, et que la relève semble se faire attendre. Si cette problématique peut s’avérer un handicap à moyen terme, elle est aussi une formidable motivation pour les «  30 ans et plus » qui savent que le temps presse pour accrocher un nouveau titre.\r\n

Montpellier se souvient

\r\nMontpellier\r\n\r\nComme toujours, le 3ème larron, celui capable de mettre des bâtons dans les roues de tout le monde, sera Montpellier. On ne sait pas quelle sera la teneur des renforts étrangers des Barracudas, en plus du retour de l’excellent Will Musson, mais on connaît par cœur les forces de cette équipe qui ne lâche rien, qui mise sur la vitesse et sur la construction des points pour rendre pénibles tout match contre elle. De plus, aux côtés de ces joueurs solides que sont les Meley, Cros, Haras et d’autres, apparaissent de jeunes prometteurs, du côté gauche de l’avant champ avec le puissant 3è base Fred Walter et l’arrêt court Mathis Giraud. Il faudra compter avec Montpellier. Les rouennais le savent bien. Ils n’étaient pas les plus rassurés au monde quand ils ont fait appel en urgence à MacKenzie pour éteindre le feu avec les buts remplis en 9è manche du match 4 de la finale, pour éviter une ultime confrontation à très haut risque. Montpellier n’est pas passé aussi près d’un titre depuis très longtemps. Les joueurs de Jean-Michel Mayeur le savent, et ils en feront une force.\r\n\r\nFaudra-t-il compter avec Chartres ? Ceux qui n’ont pas suivi l’actualité des mutations répondraient « non ». Mais voilà, les French Cubs se sont découvert des ambitions en se livrant à une véritable OPA sur l’armada latine du PUC.\r\n

Paris, l’hémorragie

\r\nPUC-2015-2\r\n\r\nEn parlant du PUC, ce n’est plus d’une saignée dont il faut parler, mais d’une hémorragie. Depuis la finale 2014, sont partis : Regis, Kushigian, Infante, Rodriguez, Juma Trinidad, Dubaut, Reyes, Materano, Medina, Mattieson. Comme se relever d’une telle fuite des talents ? C’est plutôt du côté de la lutte pour la dernière place qu’il faudra sans doute regarder quand on prendre des nouvelles des pucistes cette saison, même si leur réservoir de talents peut faire éclore quelques belles nouvelles violettes.\r\n

Chartres se transforme

\r\nchartres-2016\r\n\r\nMais revenons à Chartres. L’arrivée de Rodriguez, Trinidad, Materano et consorts, celle d’un coach quinquagénaire (gloire aux French Cubs que de donner leur chance aux seniors) qui largement dans le bras de quoi passer en revue tous les line-ups de France et le retour du lanceur vénézuélien Oliveros. On n’avait pas assisté à un tel mouvement dans le championnat depuis le glissement de terrain entre Savigny et Sénart en 2014 (Lemestre, Peyrichou, Martinez), qui avait porté ses fruits une saison plus tard. Ce qu’ont réalisé les Cubs en termes de recrutement est fort, mais cela ne devrait pas faire de Chartres un candidat pour le titre. On ne transforme pas aussi rapidement une équipe qui a gagné 7 matches en deux saisons en une bête à tout écraser. Après tout, Jordan Liester, qui frappait pour .400 et a produit 28 % des RBI de Chartres et Joshua Wyant (.311) étaient eux aussi de redoutables frappeurs. Douglas Rodriguez est un ton au-dessus, mais la différence sera-t-elle si importante ? Et puis le gros point faible de Chartres l’an passé était sa défense (70 erreurs, c’est énorme) et son monticule (ERA collective de 6,89, on ne peut pas espérer gagner beaucoup avec ça). Là encore, les renforts vont contribuer à améliorer ces deux aspects du jeu. Suffisamment pour jouer le top-4. Mais pas assez pour ébranler les certitudes du top-3. Cela dit, du sang neuf, de la concurrence et de l’ambition nouvelle ne feront pas de mal au championnat.\r\n

Toulouse aura son mot à dire,

\r\ntoulouse\r\n\r\nEt on est ravis de revoir sur les terrains de Division 1 Samuel Meurant. Le vieux lion n’a peut-être plus tout à fait le mordant de ses plus belles années, mais pas un frappeur ira l’affronter en sifflotant. Après son aventure brésilienne, qui fort porteuse mais a montré ses limites en quart de finale face au PUC, c’est du côté du Venezuela que Toulouse s’est tourné pour ses renforts étrangers, au monticule et au bâton avec notamment le lanceur Harvey Garcia, ex Major leaguer avec les marlins et Alexander Perdomo. A son compteur: 174 matchs pros en Rookie league pour les Phillies entre 2011 et 2014 (moyenne de .237). Cela fait des toulousains un solide pensionnaire de la D1, qui se qualifiera pour les séries, mais qui devra gagner en régularité pour aller plus loin.\r\n

Savigny reste fragile

\r\nAutre habitué de la D1, en sursis permanent depuis plusieurs saisons, Savigny, qui a su garder sa place sportivement mais reste fragile structurellement. La filière japonaise sera-t-elle de nouveau sollicitée ? Elle avait permis aux Lions de maintenir un bon niveau l’an passé.\r\n

Clermont au niveau ?

\r\nclermont-copie\r\n\r\nDernier venu, après un passage éclair en 2008-2009, Clermont.  On est un peu inquiet pour les Arvernes, battus en finale de D2 par l’Equipe fédérale, et qui n’ont affiché comme moyenne collective de .316 (bâton) et 4,41 (ERA), à l’étage inférieur. On annonce 4 recrues américaines au pied du Puy de Dôme, espérons que cela sera suffisant. Le lanceur gaucher de 2 mètres Peter Gelhe (drafté par les Chicago White Sox en 2010, devrait leur permettre d’être compétitifs sur le match étranger.\r\n\r\nAlors cette saison sera belle, passionnante, indécise. Mais elle ne sera pas tout à fait comme les autres. Quand nous irons à Pershing, nous ne verrons plus, au loin, sa chevelure blanche, nous ne réchaufferons plus à son sourire, sa passion, sa bonhommie. Michel Dussart est parti cet automne, et il nous manque beaucoup. Les Huskies, comme nous en sommes certains, tout le baseball français, lui dédie cette saison.