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La tradition de la victoire

Sixième challenge de France pour Rouen. Un titre remporté aux termes d’un combat épique, au terme d’une remontée au cours de laquelle les rouennais ont du puiser dans leurs années de culture de la victoire.

Que reste-t-il de cette quinzième finale gagnée par Rouen en onze ans, une fois que la terre ocre de Pershing est retombée, que le maillot de Keino Perez, arrosé par les rookies rouennais, a séché, que les supporters rouennais présents dans des tribunes acquises à la cause sénartaise ont soigné leur voix éreintée par neuf manches d’encouragements ?

Il pourrait n’en rester qu’une seule manche. La sixième, dans laquelle les Huskies ont renversé une cause que tant de personnes croyaient perdue. Mais ce serait avoir une vision bien étroite de résumer la victoire de Rouen à une seule manche. Ce n’est pas dans ce 6ème inning que Rouen a battu Sénart. C’est dans des années de connaissance du haut niveau. Dans des combats les yeux dans les yeux avec les meilleurs clubs européens, dans une connaissance éprouvée de la gestion des matches, dans une capacité absolue à supporter avec un égal sang-froid les temps forts et les temps faibles, dans cette capacité à savoir gagner qui se transmet au fil des générations de joueurs.
Des multi-médaillés des premières heures, Luc Piquet, Kenji Hagiwara, Boris Marche aux toutes nouvelles recrues, Dylan Gleeson, Bastien Dagneau, Yohann Vaugelade, Minh Vallon, c’est un esprit qui passe. Un esprit d’exigence, de victoire qui, bien sûr, ne peut pas plaire à tout le monde, mais qui mérite au moins le respect. Pas sûr que cette notion ait été partout partagée dans les travées parisiennes pendant ces quelques jours de compétition.
Alors, il faut quand même revenir à cette sixième manche d’un match jusqu’alors dominé des bras et des battes par Sénart. Impitoyables, Bétancourt et Santos détruisaient consciencieusement le pitching rouennais, Leyva retirait un à un et le sourire aux lèvres les frappeurs rouennais, tout Sénart roulait sur l’autoroute du succès, sans à coup, à l’image de de squeeze-play de Cespedes qui flirtait avec la ligne de 3ème base sans jamais tomber du mauvais côté. Même la balle se faisait arrogante !
Rouen souffrait, faisait le dos rond. Quand un fly anodin ne pouvait être capté par Christophe Goniot, lâché par sa cuisse en pleine course, c’est toute une équipe qui boitait, qui n’était pas dans son assiette. Des tempêtes, Rouen en a subi quelques -unes dans ces années de domination du baseball français. Des matches mal embarqués, des finales sur le point de basculer. Par exemple, ce 5ème match de la finale 2007, où les Huskies étaient menés 2-7 par un adversaire qui venait de voler le marbre pour montrer un peu plus ses muscles, avant de se faire reprendre et dépasser sur le fil. Cet adversaire, c’était Sénart.

Pendant cinq manches, Rouen était dans les cordes, asphyxié, mais lucide. Dans le dug-out, les visages étaient droits, les regards étaient fermes. Le mot découragement était banni.
Rouen pouvait perdre ce match, mais ne pouvait perdre la face en lâchant prise. Ni surexcitation pour revenir, ni abattement pour regarder filer le match. Juste l’envie d’en découdre à sa juste valeur, de se souvenir qu’un match de baseball, ce sont 27 retraits et 9 manches à jouer.
On pourrait écrire des paragraphes entiers sur cette 6ème manche. Sur ces coups-sûrs qui se sont, tout à coup, succédés. Sur cette sérénité des frappeurs rouennais qui ont fait leur travail. Le calme des uns tranchait avec la nervosité des autres, explosant sur une décision arbitrale (un balk appelé au détriment de Leyva). Le combat changea alors d’âme. Un at-bat fut l’expression de cette remontée rouennaise. Celui d’Oscar Combes face à Jonathan Mottay. Deux purs espoirs du baseball français, qui permettent de penser que le talent existe et que l’équipe de France a peut-être des raisons d’espérer. Ces deux jeunes fauves se sont défiés dans un bras de fer à couper le souffle. Ni l’un ni l’autre ne voulait céder. Aux balles de feu du lanceur des Templiers, la batte du champ-droit rouennais répondait par des élans solides et agressifs. Monté à deux prises, le compte y resta longtemps. Les fausses-balles se succédaient , cinq, six… Tout était possible, Sénart menait encore 7-4. Un strike-out aurait gonflé d’adrénaline des sénartais qui flanchaient. Ce fut au bout du combat une livre drive claquée avec autorité par Combes, deux points qui rentrent, et une finale qui change définitivement de sens. Les Huskies en rajoutèrent trois derrière, avec David Gauthier, toujours aussi destructeur avec ces coureurs en position de marquer et Boris Marche, qui ne fut pas sacré MVP pour rien.

Oscar Combes

9-7, il restait trois manches à jouer, et Sénart pouvait légitimement croire en ses chances, puisque les bras rouennais se faisaient lourds.
Rodriguez et Ozanich n’avaient plus d’essence, Bert et Roy étaient absents, Vaugelade ne pouvait être utilisé. Il ne restait que Keino Perez, qui avait lancé la bagatelle d’un match complet de plus de 100 pitches la veille contre Toulouse.
Rejouant le scénario de la Coupe d’Europe 2007, où il avait battu San Marin avant de closer le lendemain contre Rimini, Monsieur Perez a pris les choses en main. Là encore, pas de gesticulations, de cris, de surexcitation. Simplement un titre à gagner. Il fallait voir alors le regard du vénézuélien. On y lisait une détermination sans faille. Keino a transpercé le puissant line-up sénartais. Il n’a pas été tout seul. Son courage tranquille a fait grimper d’un cran toute son équipe. Ainsi, Matthew Smith, qui ne fut pas toujours heureux en troisième, est allé sortir un jeu énorme sur un solide roulant de Bétancourt qui aurait pu tout remettre en cause. Bryan Ramirez, relégué en 2ème base alors qu’il avait commencé le tournoi à l’arrêt court, a démontré toute son habileté en flippant avec son gant un roulant pour un retrait. Luc Piquet, qui traversait un tournoi difficile au bâton, n’a pas tremblé pour cueillir un roulant bondissant (et chaque rebond, à Pershing, est une aventure) pour faire le 2ème retrait de la 9ème manche. Et comme les Dieux du baseball aiment bien mettre en avant les héros du jour, c’est Oscar Combes qui se plaçait sous la balle pour un tranquille dernier retrait, signant la victoire n°95 pour Keino Perez, peut-être une de ses 10 plus belles.

La suite a été jouée et rejouée par les rouennais, la mêlée au milieu du terrain, les accolades, les sourires, et une première dans l’histoire des Huskies, une douche pour le coach, initiée par les jeunes de l’équipe de France, qui s’étaient eux-mêmes offert une belle remontée dans le match pour la 3ème place, ponctuée par un home-run de Bastien Dagneau.
Les Huskies étaient heureux après ce titre, car ils sont allés les chercher avec les dents, dans un atmosphère d’adversité, sans être les meilleurs. Ils avaient débuté le tournoi en jouant un match indigne de leur niveau face à l’équipe de France, remportant une victoire qu’ils savaient ne pas avoir vraiment méritée. Ils avaient ensuite dominé des toulousains dans le rouge (et ce n’était pas seulement la couleur de leurs maillots), puis retrouvé quelques couleurs de nouveau face aux jeunes français. On ne sentait pas la machine rouennaise tourner à plein régime dans ce challenge nouvelle formule. Elle hoquetait, elle hésitait, elle se cherchait. Ce n’est pas un hasard si Sénart, qui avait parfaitement maîtrisé son tournoi, prit le meilleur départ de la finale.
Mais Rouen ne voulait pas chuter. Pas encore, pas maintenant, pas comme çà. Nul doute que Jamel Boutagra et ses hommes auront beaucoup appris de cette finale. Si, comme tout le laisse à penser, les deux formations se retrouvent en septembre pour la finale nationale, celle qui compte plus que l’autre, les sénartais ne tomberont pas dans le même piège.
Il leur reste toutefois à démontrer qu’ils peuvent faire chuter Rouen. Ils y arriveront un jour, c’est écrit. Qu’ils sachent toutefois que le Huskies à la vie rude. Et qu’ils jettent un œil sur le visage de Keino Perez. Ils y verront toujours écrit le mot victoire.

Réactions des managers sur www.ffbsc.org
Keino Perez, Manager de Rouen : "Nous avons connu un mauvais départ dans la rencontre. De nombreux joueurs de l’équipe disputaient pour la première fois une finale au sein du collectif rouennais et ils ont eu un temps d’adaptation. Rapidement derrière au score, l’équipe est restée soudée et voulait à tout prix garder son titre. Cette finale était bien plus relevée et stressante que celle de 2012 et c’est vraiment un grand plaisir de mettre une nouvelle fois notre nom au palmarès du Challenge. Bravo à l’équipe, qui a connu une entame de tournoi difficile mais a su monter en puissance et répondre présente au moment où il le fallait."

Jamel Boutagra, Manager de Sénart : "Je suis très déçu de l’issue de la rencontre. Nous méritions de gagner cette finale et l’avons laissé échapper. L’arbitrage ne nous a pas aidé et il y a eu de nombreux jeux litigieux qui ont causé beaucoup de tension et d’énervement au sein de l’équipe, ce qui nous a desservi. La saison n’est pas finie, nous avons un European Cup A Qualifier sur lequel il faut nous concentrer, et bien sur sur le championnat. "



[14/05/2013]
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